Le passage à niveau 39 de Castelnau-le-Lez, situé sur l'avenue Marcel-Dassault, reste un point noir malgré 18 ans de discussions. Le projet de sécurisation, évoqué depuis 2008, n'a toujours pas abouti, tandis que le coût estimé est passé de 11 millions d'euros à environ 30 millions d'euros. La surfréquentation de l'ouvrage ne fait pourtant aucun doute : 115 trains empruntent quotidiennement la voie ferrée Tarascon-Sète, tandis que près de 10 000 véhicules et 900 piétons traversent chaque jour l'avenue, selon SNCF Réseau.
Un dossier au point mort malgré l'urgence
Le maire de Castelnau-le-Lez depuis mars dernier, Julien Miro, affiche sa détermination : « J'ai rencontré la préfète, qui va réunir tout le monde en 2027, il faut qu'on avance ! » Il précise que la commune est prête à investir 4,65 millions d'euros dans les travaux, une somme conséquente pour la ville, mais qu'il faut « payer la gestion calamiteuse » de ses prédécesseurs. Ces derniers, Jean-Pierre Grand et Frédéric Lafforgue, maintiennent une version différente des faits.
Le passage à niveau 39 est classé dans le plan national de sécurisation des passages à niveau, principalement en raison de sa fréquentation intense. Les anciens maires rétorquent qu'« il n'y a jamais eu d'accident ». Effectivement, les drames survenus à cet endroit ont toujours été des suicides, selon les informations disponibles. Le dossier de sécurisation est ancien puisqu'il est évoqué depuis 2008.
Un financement conflictuel entre les parties prenantes
Jean-Luc Gibelin, vice-président aux transports de la Région, estime que « la sécurité est du ressort du gestionnaire du réseau, c'est-à-dire l'État. L'infrastructure routière relève de la Métropole. La Région est prête à participer mais elle n'est pas responsable de la situation ». Il critique également Bercy : « Bercy fait les poches des collectivités d'un côté et de l'autre l'État nous demande de financer des infrastructures dont il est responsable ». Il assure que la Région ne pratiquera pas la chaise vide.
Le chantier consistera en un tunnel sous la voie, un « pont-rail », avec deux variantes selon la Préfecture de l'Hérault : « Soit une petite ouverture avec le passage unique des modes doux, avec fermeture définitive pour les automobilistes, soit une grande ouverture avec la conservation d'un sens de circulation des véhicules routiers avec mode doux sécurisés ». Le coût est désormais estimé entre 25 et 30 millions d'euros selon la variante retenue.
Des coûts qui ont explosé en 18 ans
Les premières études en 2008 évoquaient un coût de 11 millions d'euros, dont 50 % pris en charge par l'État. Le coût actuel serait donc autour de 30 millions d'euros, avec une participation moindre de la Région. Frédéric Lafforgue, ancien maire et conseiller régional dans l'opposition, se souvient d'un moment de bascule : « En octobre 2024, la Région annonce que sa participation s'arrêtera à 100 000 €. Je me souviens d'une réunion très tendue entre le préfet de l'époque, M. Lauch, et la Région ».
Jean-Luc Gibelin justifie ce changement par une différence entre ruralité et métropoles : « La Région intervient plus fortement quand… il n'y a personne d'autre. En tout cas pas d'autres collectivités qui perçoivent le versement transport des entreprises. La Métropole de Montpellier perçoit 150 M€, celle de Toulouse 320 M€, la Région c'est plutôt 70 M€… »
Des études bloquées en 2025
Selon SNCF Réseau, « la seconde phase d'études pour le passage 39, destinée à approfondir les deux scénarios envisagés n'a pas pu être engagée en 2025, faute d'accord sur son financement ». L'entreprise reste « mobilisée et disponible pour poursuivre les échanges avec les partenaires ». La Métropole, dans une même prudence, est « prête à participer au projet et en attente d'un retour des services de l'État pour un prochain comité de pilotage ».
Les anciens maires de Castelnau promettent que les constructions en bord d'avenue ont laissé une emprise suffisante pour construire un tunnel à double voie. Jean-Pierre Grand évoque le pont ferroviaire surplombant l'avenue Georges-Frêche, inauguré en 2011 : « C'était une prouesse technique. Quand on dit qu'à l'endroit du PN39 il y a de l'eau affleurante, c'est vrai, mais nous sommes en 2026, on sait faire, on ne parle pas du tunnel sous la Manche ! »
D'ici la fin de l'année, un dispositif de vidéoprotection du passage à niveau sera toutefois mis en service par la SNCF. Pour l'heure, si un point fait l'unanimité : le passage à niveau 39 reste l'endroit le plus dangereux de la commune de Castelnau.