Un déménagement stratégique qui redessine la carte aérienne francilienne
Alors que débute la saison estivale du transport aérien, un chapitre important se referme à l'aéroport d'Orly. Les dessertes d'Air France, à l'exception notable de la Corse, achèvent leur basculement vers le hub de Roissy-Charles de Gaulle. Ce mouvement stratégique, initié depuis plusieurs mois, consacre une nouvelle ère pour le transporteur national qui tourne le dos à sa plateforme historique du sud francilien.
La fin d'une époque pour les liaisons domestiques
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le trafic sur les liaisons intérieures au départ d'Orly a chuté de manière spectaculaire, avec une baisse de 40% entre 2019 et 2023. Les allers-retours dans la journée, particulièrement affectés par l'essor du télétravail, ont même enregistré un recul de 60%. Cette érosion progressive du marché domestique, qui n'a jamais retrouvé son niveau d'avant la pandémie de Covid-19, a rendu le modèle économique d'Air France à Orly de moins en moins viable.
La compagnie nationale transporte désormais moins de passagers sur ces lignes, avec des billets vendus à des tarifs moins élevés, une équation financière difficilement soutenable à long terme. Même la desserte par métro, qui relie Orly à Châtelet en seulement 26 minutes, n'a pas suffi à inverser la tendance.
Transavia, nouveau pilier du groupe Air France-KLM à Orly
À partir de ce dimanche, c'est Transavia qui va occuper le devant de la scène à Orly. La filiale low cost du groupe Air France-KLM récupère les précieux créneaux de vol abandonnés par Air France, empêchant ainsi leur redistribution à la concurrence. Avec ses coûts de production moindres, Transavia se positionne comme le transporteur de point-à-point domestique de référence, prenant le relais des anciennes Navettes d'Air France.
Air France conserve toutefois une présence à Orly pour assurer le pré-acheminement des voyageurs au départ de Toulouse, Marseille et Nice, qui rejoindront ensuite son hub de Roissy-CDG pour des correspondances vers des vols internationaux, nettement plus rentables.
Une adaptation aux nouveaux besoins des voyageurs
Transavia ne se contente pas de reprendre les lignes abandonnées. La compagnie prévoit d'adapter son offre aux nouveaux flux de passagers avec un programme de vols renforcé : jusqu'à huit vols quotidiens vers Nice, deux vers Marseille et huit vers Toulouse, tous au départ du terminal T2 (ancien Orly-Ouest).
Pour améliorer l'expérience voyageur, plusieurs mesures concrètes sont mises en place :
- Réduction du temps de parcours entre les comptoirs d'enregistrement et les portes d'embarquement
- Positionnement prioritaire des avions vers ces trois destinations au « contact » (accessible en passerelle) au niveau de la porte 2C
- Inauguration prévue en mai d'un premier salon au terminal T2
Les exceptions qui confirment la règle
Dans le domaine du long-courrier, trois lignes Air France vers l'Outre-mer (Pointe-à-Pitre, Fort-de-France et Saint-Denis de La Réunion) sont transférées à Roissy-CDG, laissant le champ libre à Air Caraïbes, Corsair et French bee à Orly.
Mais une exception notable persiste : la desserte de la Corse reste opérée par Air France dans le cadre d'une Délégation de service public (DSP) en partage de code avec Air Corsica. En pleine saison estivale, cela représente jusqu'à seize vols Air France par jour vers Ajaccio, Bastia, Calvi et Figari, contre seulement huit vols par semaine au départ de Roissy-CDG. Le pavillon d'Air France ne disparaît donc pas totalement d'Orly, mais son empreinte se réduit considérablement au profit d'une nouvelle configuration plus adaptée aux réalités économiques du transport aérien post-pandémique.



