La Ville de Menton envisage de doubler le nombre d'escales de croisière, mais en maintenant une taille maîtrisée. La municipalité souhaite développer ce secteur avec une vingtaine d'escales par an, une manne potentielle pour la ville, même si certains restaurateurs peinent encore à capter cette clientèle de passage.
Un tourisme de luxe maîtrisé
À Menton, les croisières restent encore modestes, mais la municipalité ne cache pas son intention de les développer raisonnablement. La maire Alexandra Masson (Rassemblement national) souhaite continuer à miser sur un tourisme de luxe, plus qualitatif que massif, avec des retombées financières directes et indirectes pour la ville. « Je considère que c’est un tourisme plutôt agréable, qui ne nuit pas à la population mentonnaise : on n’a pas de flux de voitures, pas de problème de parking puisque les passagers débarquent en navette », fait-elle valoir.
Les Alpes-Maritimes plébiscitées par les croisiéristes
Aujourd’hui, la cité du citron accueille une dizaine d’escales par an. Les navires qui mouillent dans la baie dépassent rarement les 200 à 300 cabines, comme le voilier labellisé Relais & Châteaux de la compagnie Ponant. La maire est attachée à ce tourisme maîtrisé, mais estime qu’il serait possible de monter « à minimum une vingtaine par an ». Ce qui resterait, selon elle, très en dessous de ports comme Villefranche-sur-Mer.
Le sujet n’est pas anecdotique à l’échelle du département. D’après l’Observatoire du tourisme Côte d’Azur, les Alpes-Maritimes (avec Monaco) sont la deuxième destination française de croisière, avec environ 780 000 croisiéristes accueillis. Lors de la signature, le 9 décembre 2025, de l’arrêté interpréfectoral encadrant l’accueil des paquebots, le préfet Laurent Hottiaux rappelait d’ailleurs que « Cannes est le 3e port d’escale en Méditerranée, Nice le 4e et Villefranche le 8e », preuve que les croisières représentent un enjeu touristique et économique important pour le territoire.
Le mouillage facturé 18 000 euros la nuitée
À Menton, comme dans les autres villes du littoral, les ports ne sont pas dimensionnés pour accueillir les paquebots. Les navires restent donc au mouillage et rejoignent la ville par navettes. « Chaque fois qu’un bateau de croisière est au mouillage, on lui facture 18 000 euros la nuitée. Ce n’est pas négligeable pour la ville », souligne Alexandra Masson. Qui évoque les retombées économiques indirectes pour la ville, notamment les dépenses effectuées par une partie des croisiéristes dans les commerces et établissements locaux.
« Nous n’avons pas d’études exactes de ces retombées », reconnaît toutefois la maire, qui dit avoir demandé une étude spécifique à l’échelle mentonnaise. Mais du côté des restaurateurs, les bénéfices restent à démontrer. Les retombées économiques sont moindres par rapport à d’autres villes des Alpes-Maritimes, ou encore Monaco. « La Principauté a réussi à capter cette clientèle, notamment sur le Rocher, alors que nous avons du mal à les faire rester sur Menton », pointe un professionnel de la restauration. « Il faudrait mettre en place une signalétique sur le débarcadère pour orienter les passagers, ou développer un circuit dans la ville », suggère-t-il. Évoquant la mise en place de partenariats commerciaux entre les compagnies et restaurateurs locaux pour mieux capter cette clientèle de passage.
La création d’un quai d’accueil « n’est pas à l’ordre du jour »
« Les croisiéristes nous ont demandé d’aménager un quai d’accueil pour se recharger, comme c’est le cas dans beaucoup de ports, ajoute la maire de Menton. Le seul endroit où l’on pourrait le faire serait à l’extérieur du port de Garavan, mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Aujourd’hui, on a d’autres difficultés à gérer sur la SPL ports de Menton. » Lors de la campagne, Alexandra Masson avait fait savoir qu’elle voulait changer le mode de gestion. La reprise en régie envisagée n’est, pour l’heure, pas actée. « On attend la fin des audits financiers et juridiques avant de se prononcer, conclut l’élue. Mais ce ne sera probablement pas avant la fin de l’année. »
Un mouillage « très réglementé »
Souvent décrié par les associations environnementales, le mouillage des bateaux de croisières dans la zone Natura 2000 près de Menton reste « très encadré », souligne Alexandra Masson. « On a un point de référence, identifié et validé par la préfecture maritime », explique la maire de Menton. Qui insiste : « Les bateaux ne mouillent pas n’importe où et ont fait la demande de mouillage au moins deux ans avant. »



