Les 5 et 6 septembre, le village de Comps-sur-Artuby, dans le Var, renoue avec l'une de ses fêtes les plus anciennes et les plus singulières : celle de Notre-Dame de la Galine Grasse. Entre légende, tradition religieuse et convivialité, ce rendez-vous annuel continue de rassembler habitants et visiteurs autour d'une coutume transmise depuis plusieurs siècles.
Une chapelle au cœur de l'histoire locale
En provençal, la « galino » désigne tout simplement la poule. Mais à Comps-sur-Artuby, ce nom est surtout attaché à une ancienne chapelle et à une tradition religieuse remontant à plusieurs siècles. Située au sud du village, au lieu-dit du Devenset, la chapelle Notre-Dame se trouve aujourd'hui dans l'emprise du camp militaire de Canjuers. Mentionnée dès 1601, elle dépendait autrefois de l'évêché de Fréjus. Endommagée à la suite des guerres de Religion, elle aurait été largement reconstruite entre la fin du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècle.
Une légende raconte qu'au temps des grandes famines, les habitants du « païs », aussi pauvres que des mendiants, mouraient de faim. Un seigneur de Grasse, ayant appris que, dans le haut pays, de courageux paysans succombaient à la famine, leur aurait envoyé une cargaison de poules bien grasses. Ainsi sauvés, les Compsois auraient fait ériger une chapelle afin de remercier leur généreux bienfaiteur. Aucun document historique ne permet cependant de confirmer ce récit, transmis comme une légende.
De la procession au repas partagé
Une autre explication, mieux documentée, rattache le nom de la chapelle aux volailles autrefois offertes et consommées lors du pèlerinage. Chaque année, à l'occasion de la Nativité de la Vierge, célébrée le 8 septembre, les habitants se rendaient en procession jusqu'à la chapelle. Des volailles y étaient offertes, puis partagées au cours d'un repas communautaire. Selon la tradition orale, les familles apportaient même la poule la plus grasse de leur basse-cour. De cette coutume serait né le savoureux surnom de Notre-Dame de la Galine Grasse.
Les usages ont naturellement évolué, mais l'esprit demeure : se retrouver, partager un repas et faire vivre une fête transmise de génération en génération. Cette année, les réjouissances débuteront le samedi 5 septembre avec un concours de boules à la provençale. Celui-ci prendra une dimension particulière : il rendra hommage à Robert Ricca, disparu récemment. Passionné de pétanque et profondément attaché à Comps et au Bourguet, il fut pendant de nombreuses années une figure familière des boulodromes du pays de l'Artuby.
Une fête entre tradition et convivialité
Le dimanche 6 septembre, la tradition religieuse reprendra ses droits avec une messe célébrée à 10 h 30. Elle sera suivie d'un repas dansant, un moment de convivialité très attendu par les habitants et les visiteurs. La participation au repas est fixée à 23 euros pour les adhérents, 25 euros pour les non-adhérents et 13 euros pour les enfants de 5 à 12 ans. Les places étant limitées, les réservations devront être effectuées avant le 31 août (renseignements et réservations : 06 31 03 20 91).
La poule occupe une place particulière dans l'histoire. Chez les Grecs et les Romains, les volailles pouvaient être sacrifiées aux divinités. Les Romains observaient également la manière dont mangeaient les poulets sacrés avant certaines décisions militaires : leur comportement était interprété comme un présage. Dans le monde chrétien, le coq devint un symbole de vigilance, de lumière et de résurrection, mais aussi du reniement de saint Pierre. Dans l'Évangile, le Christ compare son amour pour les hommes à celui d'une poule rassemblant ses poussins sous ses ailes. Elle devient ainsi une image de protection, de sollicitude et de rassemblement de la communauté.
Au Moyen Âge et jusqu'au XXe siècle, la poule occupa une place essentielle dans l'économie domestique. Facile à nourrir, elle procurait régulièrement des œufs, de la viande et parfois un petit revenu. Posséder quelques poules constituait une ressource précieuse pour les familles rurales modestes. Offrir une volaille grasse lors d'une fête religieuse représentait donc un véritable don, et non un geste anodin. Cette année encore, la fête de Notre-Dame de la Galine Grasse perpétuera cette tradition, entre mémoire et partage.



