À Antibes, contre toute attente, la carte postale séduit notamment une clientèle jeune et internationale. Dans les rues d'Antibes, les présentoirs de cartes postales sont omniprésents. Photos du musée Picasso, de la plage de la Gravette ou illustrations de couchers de soleil : il y en a pour tous les goûts. Avec des prix allant de 50 centimes jusqu'à deux euros cinquante, le plus dur reste de choisir. Pourtant, à l'ère du numérique, on peut s'interroger sur la pérennité de ce marché. En 2025, La Poste a enregistré son plus bas volume d'envois, avec seulement 5,6 milliards de lettres distribuées (contre 18 milliards en 2018). D'ici 2030, le groupe prévoit même un recul à 3 milliards par an.
Un marché qui résiste grâce à l'artisanat local
Pour Christian Deflandre, directeur du musée de la Carte Postale d'Antibes, l'usage décline inévitablement : « Les personnes âgées habituées à l'écriture manuscrite sont une espèce en voie de disparition. Elles continuent de faire plaisir à leurs proches en envoyant des cartes, mais aujourd'hui, la plupart des gens privilégient le téléphone portable pour envoyer messages et photos gratuitement. » Toutefois, le secteur semble résister grâce à la création artistique. Vendeuse depuis quatre ans à Antibes dans une boutique spécialisée dans les cartes dessinées à la main, une commerçante constate que le côté artisanal séduit toujours les touristes. Si l'émergence des visuels créés grâce à l'intelligence artificielle devient un phénomène remarquable, l'appel aux artistes locaux reste privilégié. « Même les jeunes achètent, et surtout une clientèle internationale. On vend aussi des enveloppes pré-timbrées et on fait appel à des artistes comme Ann-Sophi Digsmed », témoigne le buraliste de la place Nationale.
Un produit d'appel pour les commerces
Pas le temps pour lui d'en dire plus : deux touristes anglais s'approchent du comptoir pour lui réclamer des timbres. « Sold out ! » leur répond-il avec le sourire, victime du succès de ses stocks. Un engouement confirmé près du marché couvert, où une vendeuse explique que les présentoirs extérieurs servent de véritable vitrine : « C'est notre produit d'appel, on en vend une centaine par jour. Même les locaux viennent s'en procurer. »
Des motivations variées : nostalgie, décoration et art
Les motivations des acheteurs ont, elles aussi, évolué. À la sortie d'une boutique de souvenirs, Bénédicte, 23 ans, repart les mains chargées. « J'écris des cartes depuis toute petite, c'est un héritage de mes parents », confie-t-elle. Pour la jeune visiteuse, « L'écriture sur papier restera toujours plus personnelle qu'un simple SMS. Par exemple, j'écris à ma meilleure amie, Manon, qui était un peu dubitatif et, maintenant, c'est elle qui m'envoie des cartes ! » Pour d'autres, comme cette touriste venue des Bermudes qui en a acheté dix, la carte postale devient un objet d'art : « Je vais les accrocher au mur pour former un grand poster de la Côte d'Azur. »



