Le télésiège de la Moulière, à Caille, tourne sans interruption depuis 1972. Privé de neige la plupart du temps et soumis à des contrôles techniques stricts, il a su se réinventer en accueillant les vététistes et les amateurs d'activités estivales. Au plus fort du mois d'août, l'appareil voit passer 300 à 400 personnes par jour, toutes impatientes de rejoindre le sommet à 1 642 mètres d'altitude.
Un panorama unique au sommet de la Moulière
Il paraît que, lorsque l'horizon est bien dégagé, la Corse apparaît au loin. « Moi, je l'ai vue », jure Axel, pendu au bras de sa mère. Pour admirer l'île de beauté, le garçonnet a emprunté le télésiège de la Moulière. En quelques minutes de montée, suivies d'une petite balade à pied, le voilà déjà arrivé au sommet, dominant toute la Côte d'Azur et au-delà. Une jolie table d'orientation aide même les touristes à nommer chaque montagne qui se détache du décor.
Voilà la promesse offerte par « le plus vieux téléporté en service des Alpes-Maritimes » : celle de profiter d'un panorama unique, si vaste que le mercredi 12 août, jour d'éclipse solaire, le site avait été pris d'assaut pour apercevoir le phénomène cosmique. Une journée à marquer d'une pierre blanche dans la longue carrière du télésiège, construit en 1972. « C'est un bel exploit de voir cette installation tourner encore parfaitement », sourit le directeur d'exploitation, Martial Le Bihan.
De la neige au VTT : la reconversion réussie
Bien qu'il ne soit désormais ouvert qu'aux beaux jours, de mai à septembre, le site de La Moulière est né sous un blanc manteau. L'appareil a été érigé à l'initiative d'un privé – « Monsieur Festor » –, ancien commercial de chez Poma, le constructeur français de remontées mécaniques. Encore aujourd'hui, le vrai sommet ne reste accessible qu'à pied. « Le promoteur avait choisi de ne pas faire monter le télésiège jusqu'à la crête de l'Audibergue, raconte l'ancien directeur, Léon Kleber. Son objectif était d'empêcher les skieurs d'accéder au domaine voisin, qui était géré par un concurrent ! »
Une « véritable guerre commerciale locale » dans un bassin divisé en trois parties, comprenant notamment le téléski de la Charbonnière, alors en plein développement économique. « À l'époque, le ski de fond était très populaire dans la plaine de Caille », se souvient-il. Des décennies fastes, vite essoufflées par la raréfaction de la neige. « Nous n'avons pas eu d'épisodes significatifs permettant d'ouvrir le télésiège en hiver depuis 2018 », révèle Martial Le Bihan. Depuis, les 64 sièges de l'appareil ne tournent plus que l'été, après avoir joué sur les deux saisons dès 1992.
Des activités estivales pour équilibrer les comptes
En contrebas de la montagne, les skieurs d'autrefois ont laissé place aux vététistes, qui enfilent leur combinaison à côté du snack de la Moulière. Moyennant un forfait jour (1), ils vont emprunter le téléporté et faire chauffer leurs pneus sur l'une des six pistes proposées. « Il était devenu indispensable de trouver des sources de revenus alternatives pour équilibrer les comptes », justifie le directeur d'exploitation, qui a repris les rênes en 2022. Au menu : parcours de VTT, cascades de tyroliennes et sentiers de promenade.
« J'en suis à ma cinquième remontée, c'est génial », se réjouit l'un des sportifs. Après avoir accroché son vélo sur le côté du siège, il n'a plus qu'à apprécier le voyage, long de 700 mètres, sans effort. Six saisonniers veillent quotidiennement au bon déroulement des opérations. Un succès rentable ? Pas si simple. À raison de 300 à 400 visiteurs par jour au plus fort de la saison – soit entre 100 000 et 150 000 euros de recettes « les bonnes années » –, le Syndicat mixte des stations de Gréolières et de l'Audibergue (SMGA), gestionnaire du site, arrive tout juste à équilibrer les charges d'exploitation.
Une grosse inspection à venir et un avenir incertain
Sans pour autant amortir les investissements lourds, notamment liés aux grandes inspections de sécurité et aux mises en conformité drastiques imposées par la réglementation du ministère des Transports. Car entretenir un vieux télésiège demande un travail considérable. Un double contrôle, réalisé tous les trois et cinq ans, permet de vérifier que le télésiège respecte toujours les normes. « Elles se sont beaucoup durcies ces dernières années », reconnaît-on.
La prochaine aura lieu l'année prochaine, mais Martial Le Bihan reste serein : « Nous avons fait ce qu'il fallait lors des derniers passages, il ne devrait pas y avoir de surcoût. » En 2022, l'exploitant a dû remplacer, entre autres, l'arceau et le bras de suspension de la totalité des sièges. Il n'en menait pourtant pas large deux ans plus tard. « En plein milieu de la saison, un des pylônes a bougé sur son socle en béton d'origine », relate-t-il. Résultat : un arrêt immédiat suivi d'une évacuation, qui a interrompu l'exploitation du téléporté jusqu'à l'année suivante, le temps de réaliser les réparations.
Après la grande inspection, les allers-retours sur la Moulière seront reconduits jusqu'en 2032. Et ensuite ? « Il faut mettre à profit cette période pour planifier sereinement l'avenir », répond Martial Le Bihan, qui ne s'interdit pas de réfléchir, un jour, au remplacement complet de la structure. « C'est une décision éminemment politique et financière qui revient aux élus du SMGA, précise-t-il. Il existe d'excellentes opportunités sur le marché de l'occasion, en raison de la fermeture de certaines petites stations de moyenne montagne. »
Il faut dire que le poids des années pèse inexorablement sur la machine, certes en très bon état : « Le télésiège est la clé de voûte de cet écosystème ; si on le supprime, c'est l'ensemble de l'activité économique locale qui en souffrira. » Autant de paroles à méditer jusqu'à la saison prochaine, au terme d'un été contrasté entre le calme de juillet et le rush d'août. En attendant, il est toujours possible de venir faire un tour au sommet chaque week-end de septembre. 1) Tarifs : 5 euros la montée, 6 euros l'aller-retour, 13 euros le forfait jour ou 11 euros la demi-journée.



