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Vente de SFR : « Les actionnaires d’Orange, Bouygues et Free vont gagner entre 5 et 10 milliards d’euros »
Entretien — Sébastien Soriano, ancien président du régulateur des télécoms (Arcep), s’inquiète de la vente de l’opérateur SFR à ses concurrents Orange, Bouygues Telecom et Free. Il appelle à prévoir des contreparties.
Propos recueillis par Claude Soula
Publié le 15 juin 2026 à 8h00 | Lecture : 5 min.
Sébastien Soriano, ex-président de l’Autorité de régulation des télécoms (Arcep) de 2015 à 2021, évoque la reconfiguration d’un « paradis ».
Après des mois de négociations, les opérateurs téléphoniques Orange, Bouygues Telecom et Free (groupe Iliad) ont annoncé en grande pompe, samedi 6 juin 2026, se mettre d’accord avec le groupe Altice pour acquérir SFR, au prix de 20,35 milliards d’euros. Une opération qui « ne va pas de soi », a estimé, ce mercredi 10 juin, le président de l’Autorité de la concurrence Benoit Cœuré dans « le Monde ». Avant d’évoquer un questionnement « naturel » sur le risque de hausse des tarifs dans le secteur, mais aussi sur l’emploi.
Voilà qui inquiète également Sébastien Soriano, ex-président de l’Arcep, le régulateur des télécoms, entre 2015 et 2021. Pour lui, le risque de régression est élevé pour les abonnés. Aussi, il plaide pour que cette acquisition se réalise en échange d’une contrepartie pour les trois opérateurs restants.
Un marché à trois : quels risques pour les consommateurs ?
Selon Sébastien Soriano, la disparition de SFR, quatrième opérateur, réduirait le marché à trois acteurs principaux. Cette concentration pourrait entraîner une hausse des prix pour les abonnés, une baisse de la qualité de service et une diminution de l’innovation. Il rappelle que la concurrence a permis de faire baisser les tarifs de près de 40 % en dix ans.
« Les actionnaires d’Orange, Bouygues et Free vont gagner entre 5 et 10 milliards d’euros grâce à cette opération », affirme-t-il. Ces gains proviendraient des synergies et de la réduction de la concurrence. Il estime que ces bénéfices devraient être partagés avec les consommateurs et les salariés.
Des contreparties nécessaires
Pour éviter les dérives, Sébastien Soriano propose plusieurs contreparties :
- Garanties sur les prix : plafonnement des tarifs pendant une période donnée.
- Maintien de l’emploi : engagement à ne pas supprimer de postes durant au moins trois ans.
- Investissements dans les infrastructures : obligation de déployer la fibre et la 5G dans les zones rurales.
- Ouverture du réseau : possibilité pour des opérateurs virtuels (MVNO) d’accéder aux réseaux à des conditions équitables.
Il appelle également les autorités de régulation, notamment l’Autorité de la concurrence et l’Arcep, à imposer ces conditions avant d’approuver l’acquisition.
Un précédent inquiétant
L’ancien régulateur rappelle que des opérations similaires dans d’autres pays ont conduit à des hausses de prix. Aux États-Unis, après le rachat de T-Mobile par Sprint, les tarifs ont augmenté de 5 à 10 %. En France, la fusion entre Orange et SFR serait encore plus concentrée, avec seulement trois opérateurs.
« Il est essentiel de préserver la concurrence, qui a été le moteur de la baisse des prix et de l’innovation dans les télécoms français », conclut-il.
L’issue de cette opération dépendra désormais des décisions des régulateurs et du gouvernement. Les associations de consommateurs ont déjà annoncé qu’elles seraient vigilantes.



