Le régime des intermittents du spectacle, qui bénéficie à près de 300 000 personnes et coûte plus d'un milliard d'euros par an à l'Unédic, est de nouveau sous le feu des critiques. Un rapport commandé par le gouvernement et remis en janvier 2025 propose des pistes pour le réformer, sans le démanteler, mais en le rendant plus juste et plus efficace.
Un système coûteux et complexe
Le régime actuel, mis en place en 1936 et profondément réformé en 2016, permet aux artistes et techniciens du spectacle de bénéficier d'une indemnisation chômage dérogatoire. Ils peuvent cumuler des cachets et des jours de travail pour ouvrir des droits, avec un seuil d'accès fixé à 507 heures de travail sur 12 mois (contre 910 heures pour le régime général).
Selon le rapport, le coût annuel du régime pour l'Unédic est d'environ 1,2 milliard d'euros. Le nombre d'intermittents indemnisés a augmenté de 30 % en dix ans, passant de 230 000 en 2014 à près de 300 000 en 2024. Le rapport souligne que le système est « complexe, opaque et source d'abus », avec des disparités importantes entre les secteurs (cinéma, télévision, spectacle vivant).
Les pistes de réforme proposées
Le rapport propose plusieurs pistes pour réformer le régime. Il suggère notamment de relever le seuil d'accès à 600 heures de travail sur 12 mois, ce qui exclurait environ 15 % des intermittents actuels. Il propose également de mieux contrôler les déclarations d'heures, de lutter contre le travail dissimulé et de simplifier les règles de calcul des indemnités.
« Il ne s'agit pas de casser le régime, mais de le rendre plus soutenable financièrement et plus équitable », a déclaré au journal Le Point le rapporteur, dont le nom n'est pas précisé. « Nous devons garantir que les droits bénéficient à ceux qui travaillent réellement dans le spectacle, et non à des personnes qui utilisent le système comme un complément de revenu. »
Des réactions contrastées
Les syndicats de salariés du spectacle, comme la CGT-Spectacle, ont immédiatement rejeté les propositions. « Ce rapport est une attaque frontale contre le régime des intermittents, qui est un acquis social fondamental », a déclaré un représentant syndical. « Relever le seuil d'accès reviendrait à exclure des milliers de travailleurs précaires, notamment dans le spectacle vivant. »
En revanche, les organisations patronales, comme le Syndicat national des entreprises de spectacle (SNES), ont salué les propositions. « Le régime actuel est un gouffre financier qui pèse sur les entreprises », a déclaré un porte-parole. « Nous avons besoin d'une réforme structurelle pour garantir la pérennité du système. »
Un débat politique et social
La question des intermittents est un sujet sensible en France, où le secteur du spectacle vivant emploie environ 1,2 million de personnes (dont 300 000 intermittents). Le gouvernement, qui doit se prononcer sur les propositions du rapport, est confronté à un dilemme : réformer le régime pour réduire son coût, tout en évitant une crise sociale dans un secteur déjà fragilisé par la pandémie de Covid-19.
Le ministre de la Culture, dont le nom n'est pas mentionné, a indiqué que le gouvernement examinera les propositions « avec attention » et qu'une concertation avec les partenaires sociaux sera lancée dans les prochaines semaines. Le débat s'annonce houleux, alors que les intermittents du spectacle ont déjà mené plusieurs grèves et manifestations ces dernières années pour défendre leur régime.



