Ginette, 80 ans, crée une colocation pour seniors à Montauban
Ginette, 80 ans, crée une colocation pour seniors

À Montauban, Ginette, 80 ans, a créé la Maison d’Isis, une colocation qui héberge douze retraitées autonomes, dont elle fait partie, pour éviter la solitude et l’Ehpad. Le projet, finalisé à l’été 2025 après dix ans de démarches, repose sur une association et le label Habitat Senior Service Plus.

Une initiative née d’un refus de l’Ehpad

Ginette, fille unique, a vu ses parents vieillir en maison de retraite, une expérience qu’elle qualifie de « difficile et culpabilisante ». « Je me voyais mal vieillir seule ou dans une maison de retraite », confie-t-elle. Le scandale Orpea et le livre « Les Fossoyeurs » ont renforcé son aversion pour les structures traditionnelles. Un échange avec un voisin, dont l’épouse était atteinte de la maladie de Parkinson, a été décisif : « Il m’avait dit qu’il avait pensé à faire une colocation avec ses amis. Depuis, ses amis étaient tombés malades ou étaient morts. J’ai compris que je ne devais pas attendre qu’il soit trop tard. »

Un projet abouti après des années d’obstacles

Ginette a réuni un groupe de retraitées indépendantes pour concevoir ce projet sur mesure. « Nous avons galéré pendant quelques années. C’était une véritable aventure : on a eu des échecs, on a rebondi, on a vécu des hauts et des bas », raconte-t-elle. Après avoir été lâchée par un premier bailleur social et de longues discussions avec la mairie, la solution a été de créer une association. Le projet a finalement abouti grâce au label Habitat Senior Service Plus, qui soutient le maintien à domicile des seniors autonomes dans le parc de l’habitat social. Une soixantaine de personnes a rejoint l’association, qui organise également des sorties pour les seniors.

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Un quotidien rythmé par les activités et l’entraide

Chaque colocataire dispose d’un espace privé comprenant une à deux chambres et une salle de bains, adapté aux normes PMR pour anticiper d’éventuels handicaps. « On a des ventilateurs de plafond, des rampes, des portes larges… Tout a été bien pensé », précise Ginette. Une salle commune centrale permet de partager des repas, des jeux de société, du yoga sur chaise et du Qi Gong thérapeutique. « On a une télévision maintenant, ça nous permet de faire des karaokés ou de projeter des films », ajoute-t-elle. Les sorties au cinéma, les événements culturels et les promenades sont aussi organisés. « Le but, ce n’est pas de se renfermer entre nous. Il faut continuer de rester ouvertes sur l’extérieur », insiste l’octogénaire.

Un modèle pour l’avenir

Ginette anticipe les besoins futurs : « Le jour où on aura des problèmes de santé, on pourra se faire aider et rester là. Par exemple, il y a Huguette, qui est malvoyante, et qui reçoit des aides ici. » Elle envisage de mutualiser les visites d’aides à domicile avec ses colocataires. La famille reste bienvenue, notamment ses deux filles, l’une à Marseille, l’autre entre Nîmes et Manduel. « Comme disait ma voisine, on est comme dans un village. On discute, on se voit, on s’entend, on se rencontre », conclut-elle. Ginette a sollicité une biographe pour documenter l’histoire du groupe. « On a envie que notre exemple donne des idées à d’autres », dit-elle, espérant inspirer d’autres seniors à anticiper leur vieillesse.

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