Une vie de création au Pays basque
Depuis près de cinquante ans, l’Autrichienne Iris Mansard cultive son savoir-faire unique au Pays basque. Aujourd’hui à la retraite, elle a conçu des manteaux en laine mohair et des imperméables appréciés jusqu’aux États-Unis. Iris Mansard n’a pas une vie très banale. La meilleure façon de le comprendre serait de passer les portes de sa demeure située à Louhossoa, véritable caverne d’Ali Baba où s’entremêlent mille et une pierres ornementales, décorations égyptiennes mais aussi des imperméables peints à la main.
Cette Autrichienne de 80 ans a passé la moitié de son existence au Pays basque et réalisé des pièces de haute couture en mohair. Parmi ses clients, Jacques Chaban-Delmas lui a passé commande d’un arbre en laine monumental exposé dans toute l’Europe et notamment au Grand Palais de Paris.
Des débuts parisiens au tissage
Tout commence par sa passion pour le métier à tisser. Alors jeune journaliste pour un média allemand, elle s’installe à Paris en 1968 pour suivre son premier mari. C’est à ce moment-là qu’elle s’inscrit pour un stage de tissage, « comme c’était la mode à l’époque », raconte-t-elle. « J’aime ce côté manuel, à la fois mathématique et sensoriel. » Un travail qu’elle considère avoir mis des années à maîtriser pour trouver la bonne densité et autres techniques. Aujourd’hui, elle connaît chaque dimension par cœur, ou les coutures qui font plus ou moins grossir.
L’installation au Pays basque
Rapidement lassée de la capitale, l’Autrichienne déménage dans le sud de la France pour lancer sa production de tissage de laine mohair. Plutôt du côté de l’Ouest pour « aller voir les ours », et surtout éviter la Côte d’Azur et de « croiser les Parisiens ». Elle installe une dizaine de métiers à tisser et loge ses stagiaires dans la ferme. « J’étais apparue dans une petite annonce d’un journal féministe allemand. Alors j’avais reçu des féministes de tout Berlin en stage », se remémore-t-elle le sourire aux lèvres. Une de ses assistantes est d’ailleurs devenue la directrice d’une filiale de Chanel dans le Béarn.
Le succès des manteaux en mohair
Du monde se presse à la porte de l’atelier pour se procurer ses manteaux. En 1988, elle organise un défilé de mille personnes dans la prairie voisine et compte parmi ses plus fidèles clientes Michèle Alliot-Marie. « J’étais contente car elle portait mes créations à la télévision, ça me faisait de la pub ! » C’est aussi à cette période que la créatrice est invitée à des salons de l’artisanat haut de gamme américain, de New York à Palm Beach. Ces pièces de haute couture en mohair avaient été présentées lors de défilés et de salons de l’artisanat.
Le virage des imperméables peints
Mais en 1990, elle décide de prendre un nouveau virage et se lance dans la confection d’imperméables. « Les gens ont changé de style. Mes manteaux ne se vendaient plus. » Elle découvre alors ce nouveau textile plus à la mode, utile pour « sublimer le corps de la femme active » et trouve un nouveau succès, notamment de l’autre côté de l’Atlantique. Il se devine d’ailleurs en visitant la maison, à travers une inscription d’une cliente sur le mur de sa cuisine. « Thank you for decorating the street of the city for such a long time ! » (Merci d’avoir décoré les rues de la ville pendant si longtemps). « Les Américains ont toujours été très gentils avec moi, explique-t-elle après avoir fièrement lu la phrase. Là-bas, les gens vous apprécient et vous donnent leur confiance quand on leur offre de la qualité. »
La « Rain coat lady » garde ses pièces favorites dans ses placards. Iris Mansard se fait d’ailleurs surnommer « Rain coat lady », « la femme en imperméable ». Une expression qu’elle a gardée pour la marque de son site internet. À la retraite depuis deux ans, elle en collectionne une petite centaine. Tous ont la particularité d’être ornés de peinture, inévitablement résistante à la pluie, dont elle ne dévoilera pas la formule magique. « Comme beaucoup d’innovations, celle-ci est née d’une erreur », déclare-t-elle, avant de laisser échapper un petit rire.
Une retraite active et engagée
La vie de cette femme haute en couleur ne peut pourtant se résumer à sa carrière, déjà bien riche. Depuis sa retraite, elle écrit des livres, dont un qui revient sur son voyage à Gaza dans les années 90. Toujours alerte des dernières actualités, elle a décidé d’éditer cet ouvrage « pour la paix ». Passionnée par les temples de Louxor en Égypte, c’est aussi là-bas qu’elle rencontre son second mari, Elzouhry Mansard, avec qui elle partage toujours sa vie.
Originaire de la cité des pharaons, ce dernier débarque en France en 2005 par amour et poursuit son activité de tailleur de pierres. Il travaille des centaines de gemmes, venues de partout autour du globe et chinées lors de grandes ventes comme celles de Tucson au Texas. Lapis-lazuli, et autres pierres aux pouvoirs énergétiques, sont taillés et vendus à la pièce dans la boutique située dans l’entrée de la maison.
« Je vis ici depuis 48 ans et je m’y sens comme dans le ventre de ma mère », témoigne l’octogénaire. Celle qui se considère éternellement jeune retrace des années de travail acharné. « Je peux l’affirmer, j’ai vécu une très belle vie. » Créatrice de mode restée discrète, elle reste à jamais gravée parmi les « 100 personnalités qui font bouger le Pays basque », dans la Une du magazine « L’Express » gardée précieusement en archive.



