Vous en avez forcément glissé un dans un verre d’eau, pour des douleurs, de la fièvre ou une digestion difficile. Le Dafalgan et l’Efferalgan effervescents, tous deux à base de paracétamol, ou le Citrate de bétaïne, sont fabriqués dans le Lot-et-Garonne au sein des laboratoires pharmaceutiques UPSA. Si une quarantaine de produits y sont fabriqués au total, 80 % du chiffre d’affaires provient de ces médicaments à base de paracétamol.
Le Doliprane en tête, mais UPSA mise sur le made in France
C’est le Doliprane produit par son concurrent Sanofi qui occupe la première place des ventes de paracétamol, la molécule la plus remboursée en volumes par l’Assurance Maladie. Mais UPSA, dont l’actionnaire majoritaire est depuis 2019 le groupe pharmaceutique japonais Taisho, tente d’être pionnier pour la production de médicaments d’origine française. Une réponse à l’appel par l’Etat à la relocalisation des médicaments essentiels en France. En bon élève, UPSA a invité cette semaine le préfet du Lot-et-Garonne, Bruno André, et la presse à visiter l’usine Gascogne, un des quatre sites du géant pharmaceutique implanté au Passage d’Agen sur 13 hectares, où plus de 1.300 salariés y travaillent.
Produire du paracétamol en France coûte plus cher
« Tout le paracétamol conditionné par UPSA (Dafalgan, Efferalgan) serait à base de principe actif français à partir de janvier 2027, soit 180 millions de boîtes par an », annonce fièrement Laure Lechertier, directrice des affaires internes, externes et du développement durable chez UPSA. Derrière elle, la production de l’usine est empilée dans des rayons de plus de 10 mètres de haut.
Jusqu’à maintenant, « 80 % des composants » arrivent de différents endroits en France. « Le sucre provient des zones betteravières du Nord », précise Ronan Cocaud, directeur des opérations industrielles. Des efforts sur cinq ans ont été nécessaires pour atteindre 100 % d’ingrédients français. Et pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, le groupe a pris une participation dans le capital d’une start-up toulousaine pouvant les approvisionner en principe actif à partir de 2028.
Un coût de 76 centimes
Le hic, c’est que s’approvisionner en paracétamol en France coûte deux à trois fois plus cher que de l’acheter en Inde. Une boîte coûte 76 centimes à fabriquer et est vendue 2,18 euros. UPSA demande que les acteurs commercialisant du paracétamol puissent augmenter leurs prix de l’ordre de 15 % par boîte, soit quelques centimes.
« Dans les lois de financement de la Sécurité sociale, de 2022 et 2025, figure un dispositif qui permet de revaloriser un prix quand vous garantissez une sécurité d’approvisionnement et quand vous produisez en local, mais il n’est toujours pas appliqué », déplore Laure Lechertier.
La production d’antiépileptiques aussi relocalisés
UPSA a choisi de créer une nouvelle ligne pour produire Prégabaline et Gabapentine, médicaments qui figurent sur la liste pour la sécurisation de l’approvisionnement en médicaments essentiels établie par le gouvernement en 2023. « On a choisi des molécules qui étaient aussi en complémentarité avec notre portefeuille douleur, précise Laure Lechertier. Ce sont des antiépileptiques qui soignent également les douleurs neuropathiques. » Ils n’étaient plus produits en France depuis 2018.
Le groupe a investi 14 millions d’euros sur deux ans et devrait pouvoir commercialiser ces nouveaux médicaments en janvier 2027. « C’est assez innovant de dire qu’on stabilise un prix et qu’en contrepartie, on fait des investissements pour la souveraineté sanitaire », pointe Ronan Cocaud. Sur les compléments alimentaires comme la vitamine C ou l’hydrafizz, que produit aussi UPSA, les prix ne sont pas régulés. « C’est presque comme les yaourts : plus il y a de nouveauté, plus vous accélérez la consommation », estime Ronan Cocaud à propos de l’hydrafizz, des comprimés effervescents associant électrolytes, vitamines, minéraux et plantes pour améliorer l’hydratation.
« Toutes les six heures, 3,5 millions de comprimés »
Le groupe pharmaceutique a aussi gonflé ses muscles. « Ici, sur Agen, on est capable d’avoir 17.000 palettes de composants, soit quatre et six mois de stock, et on a la même quantité de stock de médicaments dans nos entrepôts de distribution », souligne Ronan Cocaud.
Toutes nos infos sur la pharmacie « Toutes les six heures, une tour est capable (en utilisant un procédé qui se sert de la gravité) de produire quatre tonnes de poudre granulée, ce qui représente 3,5 millions de comprimés », ajoute Benoit Juhel, directeur de l’usine de Gascogne.
UPSA réalise 511 millions d’euros de chiffre d’affaires et exporte chaque année depuis Agen plus de 50 % de ses volumes dans 60 pays. Et compte sur l’Etat français pour renforcer son marché domestique après avoir joué le jeu de la relocalisation.



