Le port de Sète-Frontignan s'apprête à étendre sa zone fluvio-maritime avec le projet Zifmar 2, qui prévoit d'ajouter 33 hectares de terre-pleins d'ici 2041, pour un coût total prévisionnel de 36 millions d'euros. Vendredi 16 octobre, une réunion publique à Frontignan a présenté les enjeux économiques et environnementaux de cette extension, pensée depuis plusieurs décennies. La consultation publique durera trois mois.
Un projet d'extension de 33 hectares à l'horizon 2041
Le projet Zifmar 2, acronyme de « Zone fluvio-maritime », consiste à remblayer trois casiers supplémentaires à l'Est du port, à la suite de la Zifmar 1, ce premier terre-plein artificiel de 18 hectares qui accueille voitures et pales d'éoliennes à l'entrée de Sète. À terme, les trois casiers représenteront une surface supplémentaire de 33 hectares. Trois maîtres d'ouvrage pilotent le projet : la Région, le port Sud de France et les Voies navigables de France (VNF).
Vendredi 16 octobre, une première réunion publique était organisée à Frontignan, commune d'emprise de l'extension, dans le cadre du volet environnemental du chantier. Les représentants des maîtres d'ouvrage ont présenté le programme et ses enjeux économiques et environnementaux, sous la houlette de la commissaire-enquêtrice nommée par le tribunal administratif de Montpellier. Une étude d'impact est notamment examinée par les services de l'État. Une cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement pour donner un avis.
Un poumon économique pour le département
Sébastien Denaja, conseiller régional et président du conseil portuaire, a rappelé en introduction les origines du projet. La Zifmar doit son existence à la décision du gouvernement de Lionel Jospin et de son ministre de l'équipement Jean-Claude Gayssot de finaliser le canal du Rhône à Sète par la construction en 2001-2002 de la digue Zifmar, créant un chenal pour les péniches. Cela a permis d'identifier une réserve foncière importante à gagner sur la mer. Ainsi, 800 000 m³ de sédiments ont été apportés pour créer un premier casier de 18 hectares.
« Depuis 15 ans, le port est en croissance constante, c'est un poumon économique du département et une infrastructure qui crée de l'emploi – 200 emplois avaient été créés avec le quai H – et des recettes fiscales qui se chiffrent en millions. Et un port qui se développe a besoin de foncier », a plaidé l'élu régional, entouré de Michel Arrouy, maire de Frontignan, et d'Olivier Carmes, directeur de l'EPR. L'extension du port, un temps envisagée du côté de Poussan (zone appelée Hinterland), a été abandonnée en raison de l'opposition des habitants. La Zifmar 2, « au cœur des programmes de développement de la filière éolienne », aura vocation à accueillir une base logistique. Fabrice Morio, chargé d'opération pour la direction de la Mer, ingénierie travaux, a également mentionné le réemploi de 500 000 m³ de sédiments stockés actuellement par VNF, sur un total de 1,7 million de m³, pour remblayer les casiers.
Des inquiétudes environnementales et des réponses
Dans la salle, plusieurs habitants ont exprimé leurs inquiétudes. « La Zifmar 2 date de 40 ans et avec toutes les évolutions qu'on a connues depuis, y compris sur le recul du trait de cote, vous envisagez de prendre 30 ha sur la mer ! […] Nous, on nous interdit de construire à Frontignan Plage et là on fait 30 ha, n'y aurait-il pas deux poids deux mesures ? », a lancé un riverain de Frontignan-Plage, qui aurait préféré la solution de l'Hinterland à Poussan. Une Frontignanaise a fait remarquer que le site serait, selon les prévisions du Giec de 2019, sous l'eau avec la hausse du niveau de la mer dès 2050, se demandant si d'autres sites comme Lafarge, la Foir'Fouille ou l'entrée est de Sète n'auraient pas été moins risqués.
« Partout dans le monde, les infrastructures portuaires sont rentables sur 40 ans et après on n'en sait rien avec la montée des eaux. Mais la Zifmar ne sera pas le problème si ça arrive, elle protégera peut-être Frontignan », a martelé Sébastien Denaja. Quant aux impacts du chantier, la Région annonce des mesures de suivi de la qualité de l'eau pompée pour le nettoyage des coquillages et un plan de déplacement de cinq grandes nacres protégées. « Cet endroit n'est pas un grand sanctuaire marin, on ne s'y baigne pas, il y a parfois quelques pêcheurs », a nuancé Sébastien Denaja, rappelant que l'espace est déjà clôturé par une digue.
Pour le trafic routier, les travaux généreraient le passage de 80 poids lourds de plus par jour pendant six mois, sur un trafic qui s'élève à 20 000 véhicules par jour, selon les études de la Région. Un membre de France nature environnement s'est inquiété des « concentrations toxiques au plomb, au PCB, des sédiments du Rhône ». VNF a répondu qu'« il n'y avait aucune conséquence néfaste pour le milieu », les valeurs de cuivre et d'hydrocarbure étant « à peine au-dessus du 1er niveau sur trois ».
Calendrier et prochaines étapes
Le chantier de la Zifmar 2 devrait démarrer avec le premier des trois casiers, de 11 hectares, livré en 2030. Le deuxième casier, également de 11 hectares, suivra d'ici 2032, avec un remblaiement total de 1,2 million de m³ de sédiments. Une seconde phase de remblaiement du troisième casier, avec 500 000 m³ de sédiments assurés par VNF, interviendra à partir de 2032 sur une période de neuf ans. Au préalable, la Région, qui compte sur des autorisations livrées début 2027, se chargera de créer les casiers délimités par une digue d'enclôture de 950 mètres linéaires et des cavaliers, mis en place à partir de mi-2027. La prochaine réunion publique est prévue le 7 janvier à 18 h à la Maison de la Mer à Sète.