Bilan industriel français mitigé : 50 nouvelles usines mais 244 fermetures en 2025
Industrie française : 50 usines ouvertes, 244 fermées en 2025

Un sourire timide ou une inquiétude légère ? Il est difficile de déterminer la réaction appropriée face au bilan de santé de l'industrie française, dévoilé cette semaine par Bpifrance, la banque publique d'investissement. Les chiffres présentent un tableau contrasté : si la France a enregistré la création de 50 usines supplémentaires en 2025 par rapport à 2024, portant le total à 245 l'année dernière, le rideau est tombé sur 244 sites industriels. Certaines fermetures, comme celle de Brandt en décembre, ont marqué les esprits. Et la série noire semble se poursuivre en ce début d'année avec la verrerie Arc, placée en redressement judiciaire en janvier.

Une industrie française en difficulté persistante

Déjà en queue du peloton européen en matière de poids de l'industrie dans son produit intérieur brut, la France peine à enrayer l'hémorragie de ses filières historiques. Cette situation préoccupante soulève des questions fondamentales sur l'avenir du secteur manufacturier national. Les fermetures successives mettent en lumière les défis structurels auxquels fait face l'industrie tricolore, confrontée à une concurrence internationale féroce et à des transformations économiques profondes.

Kilomètre zéro : un laboratoire pour repenser l'industrie

Aux confins de Mulhouse, dans une immense bâtisse en briques, on réfléchit intensément à cette problématique cruciale. Cette friche industrielle de la Société alsacienne de constructions mécaniques, l'ancêtre d'Alstom, abrite aujourd'hui Kilomètre zéro (Km0), un laboratoire dédié à l'innovation industrielle à travers sa transformation numérique. Entièrement privé, ce lieu accueille aussi bien des start-up que des équipes issues de grands groupes, comme Eiffage. À sa tête, un tandem singulier : Gérald Cohen, professeur à l'université de Haute-Alsace, et Patrick Rein, chef d'entreprise expérimenté.

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Vers une industrie soutenable et réinventée

Refusant catégoriquement le défaitisme ambiant, le duo ne manque pas d'idées audacieuses pour réimaginer le paysage industriel français. Avec une conviction ferme : plutôt que de tenter de rembobiner l'ancien film industriel, il faut révolutionner complètement l'approche. "Il serait parfaitement inutile de réindustrialiser en ajoutant simplement de la capacité de production sans changer radicalement notre modèle de pensée", plaide avec conviction Gérald Cohen. "Il faut impérativement concevoir la nouvelle industrie à travers la question cruciale de la soutenabilité et de la durée de vie des produits."

Un recentrage stratégique nécessaire

Cette vision implique de se recentrer stratégiquement sur certaines filières prometteuses... et d'en délaisser résolument d'autres, moins compétitives à l'échelle continentale. "À l'avenir, rien ne justifie que des produits standardisés - comme les téléphones mobiles ou les voitures grand public - soient encore fabriqués massivement en Europe", complète Patrick Rein avec pragmatisme. "L'industrie du continent européen doit se repositionner résolument sur des segments à plus faibles volumes mais à plus forte valeur ajoutée. Nous disposons d'un avantage comparatif évident sur la production sur-mesure de qualité, comme les cuisines Schmidt par exemple. Il faut aussi admettre avec lucidité qu'elle sera naturellement plus coûteuse."

Cette approche représente un changement de paradigme fondamental pour l'industrie française, qui doit abandonner la course aux volumes pour se concentrer sur l'excellence, l'innovation et la durabilité. Les experts soulignent que la survie et la prospérité future du secteur manufacturier national dépendent de cette transformation profonde vers un modèle plus résilient et adapté aux défis du XXIe siècle.

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