L'État a annoncé vendredi 18 septembre qu'il reprenait en main la mise en sécurité de l'usine de pâte à papier Fibre Excellence de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, en cessation d'activité, pour pallier « l'incurie » du liquidateur judiciaire. Le site, classé Seveso, présente des risques d'incendie et de pollution du Rhône. L'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) interviendra « en urgence impérieuse » pour prévenir ces dangers.
Une décision face à la défaillance des liquidateurs
Dans un communiqué cinglant, le ministère de la Transition écologique explique que l'État a décidé de faire intervenir l'Ademe « en urgence impérieuse », « face à la défaillance des liquidateurs de Fibre Excellence » et à la situation du site de Tarascon, classé Seveso. L'objectif est de prévenir les risques d'incendie, de déversement de produits dangereux et de pollution du Rhône.
Depuis l'arrêt de l'activité fin juillet, « d'importants volumes de bois et de produits chimiques demeurent stockés à proximité immédiate du Rhône », rappelle le ministère. L'usine de Tarascon, qui employait 270 personnes, a été placée en liquidation judiciaire le 29 juillet. Depuis début septembre, la mise en sécurité de ce site classé « Seveso seuil bas » est au cœur d'un bras de fer entre le liquidateur judiciaire, la préfecture et les anciens salariés.
Des ex-salariés mobilisés bénévolement
La préfecture des Bouches-du-Rhône a mis en demeure le liquidateur de prendre des mesures pour prévenir tout risque de pollution. Mais « depuis des semaines, l'incurie des liquidateurs fait obstacle à la mise en œuvre des arrêtés » préfectoraux, note Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, cité dans le communiqué.
Excédés par la passivité du liquidateur judiciaire, qui avait mandaté la société Realtec pour assurer la mise à l'arrêt et la mise en sécurité du site, une dizaine d'ex-salariés de l'usine ont décidé jeudi après-midi d'appliquer eux-mêmes l'arrêté préfectoral de mise en sécurité. Une poignée d'ex-employés ont ainsi redémarré partiellement l'usine en relançant les pompes et la station d'épuration. La remise en marche a déclenché l'alarme incendie pour intrusion, émettant un son strident pendant trois heures et semant la panique dans les environs de Tarascon. Une école a dû être confinée, et le liquidateur a fini par faire cesser l'alarme sous la pression du maire de la ville, submergé d'appels.
Une satisfaction syndicale et des perspectives
« On est satisfaits, c'est exactement ce qu'on demandait pour protéger l'outil industriel, protéger les populations et l'environnement et à terme travailler avec l'État sur un projet de reprise », a réagi après l'annonce gouvernementale François Batista du syndicat CGT des Bouches-du-Rhône.
Ce sera désormais à l'Ademe de conduire « la réalisation d'opérations de mise en sécurité », indique le ministère, ajoutant que « le montant de la facture sera évidemment adressé aux liquidateurs ». En attendant la reprise effective par l'Ademe, une dizaine d'anciens salariés se relaient « bénévolement » dans la salle de contrôle pour assurer la sécurité du site.
Dernier producteur de pâte à papier en France, le groupe Fibre Excellence espère le sauvetage de son usine de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), près de Toulouse, en redressement judiciaire depuis fin avril et qui vient de bénéficier d'un nouveau délai de trois mois pour qu'un investisseur potentiel finalise son offre de reprise. En visite sur le site de Tarascon, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, avait appelé jeudi l'État à mettre « sous protection l'usine pour donner le temps de construire un projet industriel ». Elle propose notamment de produire « un autre type de pâte à papier », de la « pâte fluff » qui permet de fabriquer des produits d'hygiène comme des mouchoirs, des couches, des protections périodiques.



