Eindhoven : de Philips à ASML, la mutation d'une ville forgée par l'industrie
Eindhoven, de Philips à ASML : une ville transformée par l'industrie

Eindhoven, une ville marquée par l'empreinte de Philips

La nuit tombée, le ciel d'Eindhoven s'illumine d'un bleu royal. Les six lettres de Philips, perchées au sommet de la Lichttoren, la "Tour lumière", dominent le paysage urbain. Dans cette ville néerlandaise, la firme historique n'est pas qu'un simple vendeur de téléviseurs, de rasoirs, d'ampoules ou de biberons. Elle en constitue véritablement l'ossature, façonnant son identité depuis plus d'un siècle.

Le musée Philips, érigé sur l'ancienne usine historique, le stade Philips qui accueille l'équipe du PSV Eindhoven, la piscine municipale, des écoles, des hôpitaux et des parcs : tous portent la marque de la multinationale. Sans sa présence fondatrice, l'université technique (TU/e), greffée au centre-ville, n'aurait jamais vu le jour il y a tout juste soixante-dix ans. Cette institution s'est développée bien après sa lointaine cousine de Delft, le campus le plus prestigieux du pays, fondé par le roi Guillaume II.

Une université tournée vers l'industrie

Cette histoire singulière a poussé la TU/e à se démarquer résolument. "Nous sommes tournés vers les besoins de l'industrie", résume simplement sa rectrice, la chimiste belge Silvia Lenaerts. Cette orientation pratique se reflète dans la liste des anciens élèves prestigieux fournie par l'établissement, où figurent inévitablement d'anciens cadres de la maison-mère.

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Pas de prix Nobel parmi eux, mais plutôt des ex-patrons à l'instar de Gerard Kleisterlee, ou des ingénieurs de renom comme Kees Schouhamer Immink, l'inventeur discret du compact-disc (CD) dont les travaux ont inspiré le DVD puis le Blu-ray. Pourtant, Philips n'est plus l'unique pivot économique de la région. Quatre lettres, d'un bleu plus sombre, lui ont volé la vedette : ASML.

L'essor fulgurant d'ASML

Cette compagnie néerlandaise, spécialisée dans la construction de machines de fabrication de puces électroniques, est basée à Veldhoven, dans la banlieue d'Eindhoven. Signe de la continuité industrielle, elle est née d'une scission du groupe Philips, évidemment. La TU/e tisse désormais des relations fortes avec cette entreprise créée en 1984, mais dont l'intérêt stratégique n'a éclaté au grand jour que récemment.

La pandémie de Covid-19 et la crise mondiale autour de l'approvisionnement en puces, aussi évoquées sous le nom de semi-conducteurs, ont brutalement rappelé la place centrale qu'occupe ASML dans cette chaîne de valeur critique. Sans ses instruments incroyablement complexes, vendus pour les plus onéreux à 350 millions d'euros pièce et qu'elle est la seule à pouvoir produire, il serait impossible d'obtenir les puces présentes dans nos smartphones ou les serveurs grâce auxquels ChatGPT rédige nos e-mails.

Une reconnaissance tardive

Un article de la BBC en 2020 avait titré sur "une entreprise néerlandaise relativement obscure". Un t-shirt, devenu populaire à Veldhoven, arbore désormais ce slogan avec une pointe d'ironie. "Il y a quinze ans, personne au niveau gouvernemental n'avait la moindre idée de ce que sont les puces et de l'endroit où elles sont fabriquées ou imaginées, et ils s'en fichaient", persifle un universitaire néerlandais, soulignant le décalage entre l'importance stratégique d'ASML et sa reconnaissance tardive.

Ainsi, Eindhoven vit une mutation profonde, passant de l'ère Philips à l'ère ASML, tout en conservant son ADN industriel grâce à une université technique qui sert de pont entre ces deux géants. La ville reste un laboratoire vivant de l'innovation, où l'héritage du passé éclaire les défis technologiques du futur.

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