Au cœur d'Antibes, à quelques rues de la médiathèque, un château du XIXe siècle de 1 013 m² habitables, posé sur un parc arboré de près de 3 300 m², est mis en vente pour 26 millions d'euros. Derrière son imposant portail en fer forgé se cache une demeure hors du commun, transformée pendant plus de dix ans par son dernier propriétaire en un lieu aussi luxueux qu'insolite.
Un palais du XIXe siècle aux multiples vies
Construit à l'origine comme résidence privée du prince italien Luigi Maria Colonna, le château devait lui permettre de profiter de la Côte d'Azur tout en mettant une partie de son patrimoine à l'abri des tumultes politiques de l'Italie du XIXe siècle. Au fil des décennies, la bâtisse a connu plusieurs vocations : musée des beaux-arts, école internationale de langues, puis propriété privée. En 2009, elle a été transférée à la SCI Laval, liée au banquier d'origine russe Mark Weinstein. Ce dernier a entrepris plus de dix ans de travaux colossaux pour façonner les lieux à son image.
Une restauration colossale
Dès l'entrée, un vaste salon d'accueil donne le ton. Les murs sont ornés de fresques, auxquelles s'ajoutent peintures, sculptures et mobilier de style rococo. Les époques s'y mêlent. Marina, gérante de la propriété depuis treize ans, raconte : « Il ne reste que de très rares sols anciens ainsi que trois plafonds d'époque. Tout refaire a été un travail colossal. » Le château est vendu dans son état actuel, avec tout ce qui est ancré dans le bâtiment, y compris les fresques et les éléments de décoration fixés aux murs ou aux plafonds.
Intérieurs extravagants
Plus de quatorze chambres et dix salles de bains sont réparties dans la propriété, qui comprend également deux maisons d'amis et un appartement indépendant. Parmi les espaces aménagés, un bar se distingue par sa verrière d'époque. Marina explique : « Le propriétaire a eu l'idée exceptionnelle de faire peindre le plafond à l'identique des vitraux adjacents. Des artistes sont venus spécialement pour le réaliser. » Juste à côté, une salle de cinéma a été aménagée avec des murs en liège recouverts de fresques ornementales. « Cela a été un travail infernal, car la peinture n'accrochait pas et glissait ! Il a fallu mettre au point une composition spéciale pour qu'elle tienne. »
Passages secrets et poignées phallus
Le sous-sol, créé de toutes pièces par le propriétaire actuel, abrite un hammam, un sauna et un spa. Une baignoire en marbre importée d'Italie, trop imposante pour franchir les portes, a dû être découpée en quatre morceaux puis reconstituée sur place. Aux murs, une authentique mosaïque gréco-romaine côtoie des créations sur mesure. « Rien n'était dessiné. Il ajustait toujours sur place pour trouver la meilleure solution. Il mélange toutes les influences », précise Marina.
La salle à manger au décor médiéval cache des cloisons robotisées invisibles. Deux passages secrets sont dissimulés dans la propriété. L'un d'eux donne l'impression de plonger dans Le monde de Narnia : une porte de placard s'ouvre sur une salle de bains cachée et des toilettes au décor surprenant, avec une chaise percée en osier posée sur les WC modernes, des estampes japonaises et des dessins indiens illustrant les positions du Kama-sutra. Les poignées de portes dorées en forme de phallus sont dans le même thème.
Un cadre extérieur luxuriant
À l'extérieur, une piscine chauffée a été construite, avec une mosaïque au fond. L'ensemble s'inscrit dans les plus de 3 000 m² d'espaces extérieurs. Marina se souvient : « Vers 2012, ils ne venaient que pour l'été ou pour les fêtes. Ils se sont installés de façon permanente en 2019. Je me souviens qu'au début, lorsqu'ils venaient séjourner, ils n'aimaient pas voir les échafaudages. On les montait la journée pour faire les peintures, et le soir on démontait tout. »
Vente et motifs
Malgré l'attachement du propriétaire à la demeure, il a décidé de s'en séparer. « Les temps sont durs. L'entretien demande beaucoup de force, d'argent et un personnel nombreux », confie Marina. Le château, mis en vente pour 26 millions d'euros par l'agence Janssens immobilier Knight Frank, suscite déjà l'intérêt des amateurs de biens d'exception. Une première tentative de vente trois ans plus tôt était restée infructueuse.



