Un chantier immobilier figé dans le temps à Bidart
Le chantier de la résidence Herrixka, située dans le quartier de l'Uhabia à Bidart, à quelques pas de la plage, est complètement à l'arrêt depuis plus d'une année entière. Le long de la RD 810, une banderole présente une image virtuelle de ce que devrait être la résidence aujourd'hui. Mais derrière cette représentation idéale, la réalité est bien plus sombre : trois immeubles gris, constitués de simples parpaings, sont sortis de terre mais n'ont connu aucune évolution depuis douze mois.
Les explications du promoteur face à la colère des acquéreurs
La résidence est commercialisée par le promoteur immobilier Stoa. Son directeur général, Aurélien Marconi, interrogé sur cette situation bloquée, affirme que l'entreprise maintient un contact permanent avec ses clients. Il explique cet arrêt prolongé par l'annulation d'une vente majeure concernant le lot le plus important de l'opération et par la non-tenue des engagements d'un fournisseur, qui a successivement reporté son intervention avant d'y renoncer définitivement.
Les acquéreurs, qui incluent des particuliers et un bailleur social, ont une interprétation différente. Ils déclarent : « Il y a eu des rencontres avec Stoa mais elles n'ont pas été suivies d'effet : les reprises de chantiers annoncées n'ont jamais eu lieu ». Ces futurs résidents espéraient initialement s'installer à l'automne dernier, mais le chantier a été stoppé début 2026, après la pose de la toiture et des fenêtres, et le déclenchement des appels de fonds « hors d'eau hors d'air ».
Une situation financièrement intenable pour les familles
Une mère de famille, porte-parole du collectif des acheteurs, détaille l'impact concret : « À ce moment-là, comme prévu contractuellement, 65 % du prix d'achat est versé. Nos crédits bancaires ont commencé à être prélevés. Quatre mois plus tard, on est passé à 75 %. On se retrouve avec des doubles charges : nos loyers actuels et le remboursement de l'emprunt pour un logement inhabitable. Cette situation était prévue mais ne devait durer que quatre à six mois. Au-delà, c'est intenable, et nous en sommes là : déjà un an de retard et aucune visibilité sur une date de livraison. Au mieux, ce sera encore une année supplémentaire d'attente ».
Les futurs voisins, qui ont le sentiment d'être menés en bateau, se sont regroupés en association. Ils demandent expressément un calendrier précis avec des engagements fermes des entreprises intervenant sur le chantier.
Le promoteur promet une reprise et des indemnisations
Du côté du promoteur, Aurélien Marconi et Brendan Hegarty, responsable de ce projet, annoncent une reprise des travaux ce 23 février. « Une grue est arrivée pour la suite des travaux », indique le directeur général. « Le maître d'œuvre doit fournir le calendrier d'intervention des différents corps de métiers. Lorsqu'on l'aura, on pourra signer un protocole d'accord avec chacun, prenant en compte des indemnisations. On veut en sortir par le haut », promet Aurélien Marconi, en fixant à mi-mars la date à laquelle il sera en mesure de présenter un engagement signé des entreprises.
Le directeur se veut rassurant : « Il ne s'agit ni d'un abandon de chantier ni d'une défaillance du promoteur, mais d'un aléa de production dans un contexte économique exceptionnel ». Il souligne que le marché immobilier a radicalement changé depuis que le projet a été monté en 2022-2023. Pour équilibrer financièrement des opérations qui comprennent 60 % de logements sociaux, comme l'imposent les règles d'urbanisme à Bidart, les promoteurs vendent les 40 % restant à prix libre, donc très cher.
L'impact du retournement du marché immobilier
Aucun problème ne se posait tant que le secteur immobilier était au beau fixe, en sortie de crise Covid. Mais la situation a évolué : les grands appartements avoisinant le million d'euros ne trouvent plus preneurs. Stoa a donc rectifié sa stratégie : « Nous avons obtenu un permis de construire modificatif. On aura un logement social en plus et on ajuste les typologies de logements en secteur libre et les niveaux de prix. La commercialisation a repris avec quatre appartements sur neuf vendus ».
La Ville de Bidart suit le dossier de près
La Ville de Bidart suit attentivement ce dossier complexe. Le directeur des services est présent aux réunions, et les élus ont œuvré pour accélérer les modifications de permis de construire. Le maire, Emmanuel Alzuri, précise : « C'est une opération où nous ne sommes pas partie prenante : les terrains n'appartenaient pas à la ville et ont été sans doute achetés au prix fort, ce qui complique l'équilibre financier final pour le promoteur ». Initialement, la résidence Herrixka devait être livrée en septembre 2025.
Des frais supplémentaires et un stress quotidien pour les acquéreurs
Une partie des appartements est vendue en bail réel solidaire (BRS) à des foyers aux revenus modestes, leur offrant un accès social à la propriété. Leurs ressources limitées ne leur permettent pas de supporter des frais supplémentaires. Un jeune couple les estime à 16 000 euros : « On avait donné notre préavis à la date prévue de livraison, en septembre 2025. On a dû déménager avec un loyer plus cher ». Un célibataire a dû revenir chez ses parents et aimerait sortir de sa situation de « Tanguy ». Une famille qui vient d'accueillir un bébé est en location meublée. « Le bail est renouvelé tous les ans. Le propriétaire parlait de vendre. Il a accepté de renouveler en janvier pour une année de plus mais avec cette épée de Damoclès sur la tête et pas de visibilité, c'est extrêmement stressant », regrette le nouveau papa.
Stress supplémentaire : le bâtiment censé être « hors d'eau hors d'air » n'est pas vraiment étanche. En l'absence de gouttières, l'eau s'infiltre et les boiseries commencent à se détériorer. Brendan Hegarty tente de rassurer en affirmant que la qualité du projet sera maintenue.
Une date butoir et des recours envisagés
Les acquéreurs ont désormais en ligne de mire la date du 23 février annoncée pour la reprise. Ils se préparent, en cas de non-respect de ce calendrier, à déclencher la garantie financière d'achèvement qui accompagne les achats à des promoteurs dans le cadre de ventes en l'état futur d'achèvement (VEFA). Cette situation illustre les difficultés croissantes du secteur immobilier et les conséquences humaines des retards de chantier sur les familles engagées dans des projets de vie.



