Jean-Luc Wolf, président du laboratoire d'idées Montpellier 20.50 et ancien courtier en assurance, a alerté sur les refus d'assurance à venir pour les zones côtières. Selon lui, les assureurs ne pourront bientôt plus couvrir ces zones, notamment en raison des risques liés au dérèglement climatique.
Le fonds CATNAT : un système sous pression
Interrogé par Midi Libre après le violent orage qui a frappé la région de Montpellier le 24 août, Jean-Luc Wolf a rappelé le fonctionnement du fonds CATNAT. Une partie de la prime d'assurance, obligatoire, abonde ce fonds. « Beaucoup de monde se plaint de la hausse des primes d'assurances mais c'est la partie du fond catastrophe naturelle qui augmente régulièrement », a-t-il expliqué.
Le pourcentage, actuellement de 20 % de la prime dommages, va continuer à augmenter en raison de la multiplication des phénomènes météorologiques violents. « Il faut bien compenser le déséquilibre entre ce qui est déboursé par le fonds et les cotisations que les Français paient », a-t-il ajouté.
Les limites du fonds CATNAT
Le fonds CATNAT ne couvre que les inondations, les dégâts des eaux ou les débordements des fleuves après qu'un décret a été prononcé. Les incendies et les phénomènes venteux n'en relèvent pas. Ainsi, l'épisode qui s'est produit à Pomas et ailleurs dans la région le 24 août ne relève pas a priori du fonds CATNAT.
« Les épisodes qui relèvent de phénomènes à caractère tropical comme une tornade n'en font pas partie. C'est réservé aux Dom Tom et aux zones tropicales », a précisé Jean-Luc Wolf, soulignant que ces événements n'existaient pas auparavant dans les régions françaises.
Des règles de construction à revoir
Jean-Luc Wolf appelle à un changement de mentalités et à une évolution des règles urbanistiques. « Le comportement des gens doit évoluer tout comme les règles urbanistiques », a-t-il affirmé. Il préconise de nouveaux modes de construction et d'empêcher de construire dans certains endroits.
« Les assureurs ne pourront plus assurer les zones côtières ni les zones définies par les réassureurs en fonction de statistiques ou du non-respect de règles de prévention », a-t-il averti. Concrètement, une maison en front de mer à Palavas pourrait se voir refuser une assurance. « Demain, un assureur pourra vous répondre qu'il n'a pas les moyens de vous assurer », a-t-il illustré.
Des solutions pour l'avenir
Face à ces refus potentiels, la priorité est « des changements radicaux dans le respect des règles de construction ». Jean-Luc Wolf a pointé du doigt des exemples comme La Flotte ou près du Cap Ferret, où « on construit n'importe comment, ce n'est plus possible ». Les assureurs ont déjà pour consigne de ne plus assurer une partie des côtes françaises et des zones inondables où des permis ont été délivrés.
Il a également évoqué le retrait-gonflement des argiles, qui concerne 10 000 maisons en France, un phénomène particulièrement présent dans la région. « La canicule et les épisodes pluvieux de l'année vont entraîner des mouvements de la maison dans ses fondations », a-t-il expliqué, prévoyant des difficultés financières pour de gros assureurs confrontés à un nombre incalculable de sinistres. « On a le meilleur système de protection au monde, mais il coûte cher », a-t-il conclu.
Une journée de réflexion intitulée « Catastrophes naturelles : pourra-t-on continuer à s'assurer ? » est organisée par le laboratoire d'idées Montpellier 20.50 le jeudi 1er octobre à la salle Rabelais. La matinée sera consacrée au constat et aux premières prises de conscience, avec notamment l'intervention de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique (en vidéo), et des tables rondes réunissant des experts comme Ludovic Vincent, directeur dommages aux biens chez AXA, Serge Zaka, vice-président d'Infoclimat, ou Michel Arrouy, maire de Frontignan. L'après-midi sera dédiée à la façon de repenser le système, avec des discussions sur le droit, les « fausses bonnes idées » et la « mal adaptation », ainsi qu'une nécessaire révolution culturelle, en présence notamment de Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole.



