Un déséquilibre réglementaire au détriment de l'électricité
Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), outil central de la politique énergétique française, est accusé de pénaliser systématiquement l'électricité au profit des énergies fossiles. Selon une analyse publiée par plusieurs experts, la méthode de calcul actuelle du DPE sous-estime la performance réelle des systèmes électriques, notamment les pompes à chaleur, et surévalue celle des chaudières à gaz ou au fioul.
Concrètement, le DPE attribue une note énergétique basée sur la consommation primaire plutôt que finale. Or, l'électricité, bien que souvent plus efficace à l'usage, est pénalisée par les pertes liées à sa production et à son transport. En revanche, le gaz et le fioul bénéficient d'un coefficient favorable qui masque leur moindre efficacité énergétique réelle.
Des conséquences directes sur le marché immobilier
Ce biais a un impact concret sur la valeur des biens immobiliers. Une maison chauffée à l'électricité peut se voir classée en catégorie F ou G (passoire thermique), tandis qu'un logement équivalent au gaz obtiendra un DPE plus favorable. Selon une étude de la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM), les logements chauffés à l'électricité subissent une décote moyenne de 10 % par rapport à ceux chauffés au gaz, toutes choses égales par ailleurs.
"Le DPE actuel n'est pas un outil de mesure de la performance énergétique réelle, mais un instrument qui favorise les énergies fossiles", dénonce Jean-Marc Jancovici, ingénieur et spécialiste de l'énergie. "Cela va à l'encontre des objectifs de décarbonation du parc immobilier fixés par la loi."
Un frein à la transition énergétique
Au-delà du marché immobilier, cette distorsion réglementaire freine l'adoption de solutions électriques bas-carbone. Les pompes à chaleur, pourtant trois à quatre fois plus efficaces qu'une chaudière gaz, sont pénalisées par le calcul du DPE. Résultat : les propriétaires hésitent à investir dans ces équipements, et les locataires subissent des charges énergétiques plus élevées.
Selon l'Agence de la transition écologique (ADEME), remplacer une chaudière gaz par une pompe à chaleur permettrait de réduire les émissions de CO2 de 75 % en moyenne. Pourtant, le DPE actuel classe souvent la pompe à chaleur en catégorie D ou E, contre B ou C pour une chaudière gaz récente.
Des pistes de réforme en débat
Face à ces critiques, le gouvernement a annoncé une révision du DPE pour 2027. Plusieurs scénarios sont à l'étude : intégrer un indicateur d'émissions de gaz à effet de serre plus transparent, ou calculer la performance en énergie finale plutôt que primaire. "Il faut un DPE qui reflète la réalité des consommations et des émissions, et qui encourage les solutions vertueuses", a déclaré la ministre de la Transition énergétique lors d'une audition au Sénat.
Les associations de consommateurs réclament également une meilleure information des ménages sur les biais du DPE. "Beaucoup de Français achètent ou louent un logement sur la base d'une note qui ne correspond pas à leur future facture", souligne l'UFC-Que Choisir. L'organisation préconise un affichage double : consommation primaire et finale, ainsi qu'un indicateur carbone.
Un enjeu pour la rénovation énergétique
La réforme du DPE est cruciale pour atteindre les objectifs de rénovation énergétique. Le parc immobilier français compte environ 5 millions de passoires thermiques (classes F et G), dont une part importante chauffée à l'électricité. Sans correction du biais, les aides publiques (MaPrimeRénov') risquent d'être mal orientées, favorisant des solutions fossiles au détriment de l'électrification bas-carbone.
"Le DPE doit être un levier, pas un frein", conclut un rapport du Haut Conseil pour le climat. "Sa révision est urgente pour aligner la réglementation sur les objectifs climatiques."



