Dette publique : Bayrou avait raison, et c'est le problème
Dette publique : Bayrou avait raison, et c'est le problème

François Bayrou avait raison de s'alarmer de la dette publique française, et c'est précisément ce qui constitue le problème. En 2017, le haut-commissaire au Plan avait mis en garde contre l'endettement croissant, mais sa clairvoyance n'a pas suffi à infléchir la trajectoire budgétaire. Aujourd'hui, la situation s'est aggravée, et cette lucidité passée ne fait que souligner l'ampleur du défi.

Un constat prémonitoire ignoré

Dès 2017, François Bayrou, alors commissaire général au Plan, alertait sur les risques liés à la dette publique. Il prédisait que la France s'engageait dans une voie dangereuse, comparable à celle de la Grèce avant la crise de 2010. Ses avertissements ont été relayés dans un rapport intitulé « Réussir la transition écologique », mais ils n'ont pas été suivis d'effets concrets. Les gouvernements successifs ont continué à creuser les déficits, sans prendre les mesures structurelles nécessaires.

L'aggravation de la trajectoire budgétaire

Depuis, la dette publique n'a cessé d'augmenter. En 2023, elle dépasse 3 000 milliards d'euros, soit environ 112 % du PIB. Cette progression s'explique par des dépenses publiques toujours élevées, des crises successives (gilets jaunes, Covid-19, guerre en Ukraine) et une croissance atone. Les prévisions de la Banque de France indiquent que la dette pourrait atteindre 118 % du PIB d'ici 2027 si rien ne change. Le gouvernement actuel peine à réduire le déficit, qui reste supérieur à 5 % du PIB, bien au-delà des critères de Maastricht.

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Un problème de crédibilité

Le vrai problème, selon plusieurs économistes, est que la France a perdu sa crédibilité budgétaire. Les marchés financiers surveillent de près la situation, et les agences de notation pourraient dégrader la note souveraine. En juin 2023, Standard & Poor's a déjà abaissé la perspective de la note française de « stable » à « négative ». Cette défiance se traduit par des taux d'intérêt plus élevés, ce qui alourdit encore le coût de la dette. Le service de la dette représente déjà le deuxième poste budgétaire de l'État, après l'éducation nationale.

L'impasse politique

Face à cette situation, les responsables politiques semblent dans l'impasse. Le gouvernement de Gabriel Attal a annoncé des économies, mais elles sont jugées insuffisantes par les oppositions. La question de la réforme des retraites, pourtant essentielle pour la soutenabilité des finances publiques, a provoqué une crise sociale et politique. François Bayrou, désormais Haut-commissaire au Plan, a récemment réitéré ses mises en garde, appelant à une « prise de conscience collective ». Mais ses appels restent lettre morte, faute de volonté politique.

Vers un tournant ?

Certains observateurs estiment que la France est à un tournant. La pression des marchés, les recommandations de la Cour des comptes et les engagements européens pourraient forcer le gouvernement à agir. Le prochain budget, prévu pour l'automne, sera scruté de près. Si les mesures d'économies ne sont pas à la hauteur, la confiance pourrait s'éroder davantage. En attendant, la dette continue de s'accumuler, et chaque année de retard rend la correction plus douloureuse. La lucidité de Bayrou, si elle avait été écoutée, aurait pu éviter cette impasse.

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