Lors d'un entretien accordé au Monde, le ministre de l'économie et des finances, Bruno Le Maire, s'est déclaré favorable à une taxation des plus grosses fortunes dans le cadre de la préparation du budget 2027. Cette prise de position marque une inflexion dans le discours du gouvernement, jusqu'ici opposé à tout nouvel impôt sur la fortune.
Une proposition qui relance le débat sur la fiscalité des ultra-riches
Interrogé sur les pistes envisagées pour financer les priorités budgétaires de l'année 2027, Bruno Le Maire a indiqué qu'il n'était « pas hostile » à une contribution exceptionnelle ciblant les patrimoines les plus élevés. Selon lui, une telle mesure pourrait concerner « quelques milliers de contribuables » et rapporterait « plusieurs milliards d'euros » par an, sans préciser davantage les contours du dispositif.
Cette déclaration intervient alors que le projet de loi de finances pour 2027 doit être présenté à l'automne. Le ministre a toutefois conditionné cette éventuelle taxation à un objectif de « justice fiscale » et de « soutenabilité des finances publiques », tout en excluant un retour à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), supprimé en 2018.
Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre
À gauche, plusieurs responsables ont salué une « avancée » tout en appelant à des mesures plus ambitieuses. À droite, certains élus ont exprimé leur opposition à toute hausse d'impôt, évoquant un « signal négatif » pour l'attractivité économique de la France. Du côté de la majorité présidentielle, les avis sont partagés, certains députés rappelant la promesse de ne pas augmenter les prélèvements obligatoires.
Le débat s'annonce vif au Parlement, où le budget 2027 sera examiné en première lecture à l'automne. Le gouvernement devra arbitrer entre ces sensibilités et les contraintes budgétaires, alors que la dette publique française dépasse 3 200 milliards d'euros et que le déficit public doit être ramené sous la barre des 3 % du PIB d'ici 2027, conformément aux engagements européens.
Une mesure aux contours encore flous
Interrogé sur le seuil de patrimoine concerné, Bruno Le Maire n'a pas donné de chiffre précis, évoquant simplement « les patrimoines les plus importants ». Il a également mentionné la nécessité de « ne pas pénaliser l'investissement productif » et de « préserver l'attractivité de la place de Paris ». Des consultations avec les partenaires sociaux et les parlementaires devraient être lancées dans les prochaines semaines pour préciser le dispositif.
Cette proposition intervient dans un contexte de tensions budgétaires, marqué par la hausse des taux d'intérêt et la dégradation de la note souveraine de la France par certaines agences de notation. Le gouvernement espère ainsi dégager des recettes supplémentaires tout en répondant aux critiques sur l'absence d'effort demandé aux plus aisés.
Le calendrier s'annonce serré : le projet de loi de finances pour 2027 doit être déposé au Conseil des ministres début octobre, puis examiné au Parlement jusqu'à la fin de l'année. La question de la taxation des plus grosses fortunes sera au cœur des débats, et les arbitrages rendus dans les prochaines semaines seront déterminants pour la trajectoire budgétaire du pays.



