Le projet de loi de finances pour 2025, présenté ce jeudi en Conseil des ministres, s'annonce comme un exercice sous haute tension. Le gouvernement doit composer avec une dette publique qui atteint 3 228,4 milliards d'euros fin juin, soit 112 % du PIB, une croissance revue à la baisse et une Assemblée nationale fragmentée. Selon Bercy, le déficit public devrait se stabiliser à 5,1 % du PIB en 2025, après 5,6 % prévu pour 2024, mais l'objectif de retour sous les 3 % est repoussé à 2029.
Un contexte économique dégradé
Le gouvernement table sur une croissance de 1,1 % pour 2025, contre 1,4 % prévu initialement pour 2024. Cette révision à la baisse s'explique par un environnement international incertain, une consommation des ménages atone et des investissements des entreprises en berne. Le ministère de l'Économie souligne que la prévision de croissance pour 2025 est prudente, mais qu'elle reste supérieure à la moyenne de la zone euro.
La charge de la dette, qui représente le deuxième poste de dépenses de l'État après l'éducation, devrait atteindre 54,8 milliards d'euros en 2025, en hausse de 8,4 milliards par rapport à 2024. Cette augmentation s'explique par la remontée des taux d'intérêt sur les marchés financiers, qui se répercute sur le coût de refinancement de la dette française.
Un effort d'économies sans précédent
Pour tenter de maîtriser les finances publiques, le gouvernement prévoit un effort d'économies de 60 milliards d'euros sur trois ans, dont 40 milliards dès 2025. Ces économies proviendront principalement de la réduction des dépenses de fonctionnement des ministères, de la réforme des aides aux entreprises et de la diminution des niches fiscales. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a déclaré : « Nous devons réduire la dépense publique, c'est une nécessité absolue pour préserver notre souveraineté financière. »
Cette trajectoire budgétaire est toutefois jugée fragile par plusieurs économistes, qui pointent le risque d'une récession en Europe et d'un ralentissement plus marqué en Chine. Selon l'OFCE, l'objectif de 1,1 % de croissance pourrait être difficile à atteindre, et le déficit pourrait se creuser davantage si les recettes fiscales s'avèrent moins dynamiques que prévu.
Une majorité introuvable
La principale incertitude réside dans le contexte politique. Sans majorité claire à l'Assemblée nationale, le gouvernement devra négocier chaque article du budget avec les différents groupes parlementaires. Les oppositions, de gauche comme de droite, ont déjà annoncé qu'elles contesteraient plusieurs mesures, notamment la baisse des aides au logement et la hausse de la fiscalité sur les carburants.
Le recours à l'article 49.3 de la Constitution, qui permet d'adopter un texte sans vote, n'est pas exclu. Mais cette procédure pourrait fragiliser le gouvernement, qui a déjà été censuré une première fois en octobre. Le ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave, a assuré que le gouvernement ferait tout pour convaincre les députés, mais il a reconnu que le risque d'un blocage persiste.
En cas d'échec, la France pourrait se retrouver sans budget voté à la fin de l'année, ce qui l'obligerait à reconduire les crédits de 2024 par décret. Une situation inédite sous la Ve République, qui ajouterait à l'instabilité politique et économique du pays.



