Le gouvernement français a annoncé son intention de réduire le prix du paracétamol de 10% d'ici 2025, une décision qui a immédiatement suscité la colère des laboratoires pharmaceutiques. Ces derniers estiment que cette baisse de prix est incompatible avec leurs projets de relocalisation de la production en France, un objectif pourtant affiché par l'exécutif.
Un projet de baisse de prix contesté
Selon le ministère de la Santé, cette mesure vise à maîtriser les dépenses de santé et à garantir l'accès aux médicaments essentiels à un coût abordable pour les patients. Le paracétamol, l'antidouleur le plus consommé en France, représente un enjeu économique majeur. En 2025, les ventes de ce médicament ont atteint près de 300 millions d'euros, dont une part importante est remboursée par la Sécurité sociale.
Les laboratoires, réunis au sein du Syndicat national de l'industrie pharmaceutique (SNIP), dénoncent une décision unilatérale qui mettrait en péril leurs investissements. "Cette baisse de prix est incompatible avec la relocalisation de la production que nous appelons de nos vœux", a déclaré le président du SNIP, Jean-Pierre Dupont, dans un communiqué. "Pour produire en France, nous avons besoin de marges suffisantes pour couvrir des coûts de production plus élevés qu'à l'étranger."
Les enjeux de la relocalisation
La relocalisation de la production de médicaments essentiels est une priorité du gouvernement depuis la crise du Covid-19, qui a mis en lumière la dépendance de la France vis-à-vis de l'Asie pour l'approvisionnement en principes actifs. En 2024, près de 80% du paracétamol consommé en France était importé, principalement de Chine et d'Inde. Le plan "France Relance" prévoit des aides pour inciter les industriels à rapatrier leur production, mais les laboratoires estiment que ces incitations sont insuffisantes face à la pression sur les prix.
"Réduire le prix du paracétamol alors que nous devons investir dans des usines aux normes environnementales strictes et avec des coûts de main-d'œuvre élevés, c'est un non-sens économique", a ajouté Dupont. "Nous demandons au gouvernement de revoir sa copie et d'engager une véritable concertation."
Un impact sur les patients et l'industrie
Si la baisse de prix était mise en œuvre, elle pourrait entraîner une réduction des marges des laboratoires, les incitant à réduire leur production ou à se tourner vers des marchés plus rentables. Cela risquerait d'aggraver les pénuries de paracétamol, déjà récurrentes en France. En 2025, des ruptures de stock ont été signalées dans plusieurs pharmacies, obligeant les patients à se tourner vers des alternatives parfois moins adaptées.
Le gouvernement, de son côté, défend sa position. "Nous devons garantir un accès équitable aux médicaments tout en maîtrisant les dépenses de santé", a expliqué le ministre de la Santé, Pierre Lefèvre, lors d'une conférence de presse. "La relocalisation est un objectif, mais elle ne doit pas se faire au détriment du pouvoir d'achat des Français."
Les négociations entre l'État et les laboratoires doivent reprendre dans les semaines à venir. Les industriels menacent de suspendre leurs projets d'investissement si la baisse de prix est maintenue. Une issue qui pourrait compromettre les ambitions de souveraineté sanitaire de la France.



