La patience des organisateurs du tournoi de Wimbledon est mise à rude épreuve. Désireux de tripler la superficie du site du sud-ouest de Londres, ils butent sur l’opposition des riverains depuis cinq ans. Cette année encore, les qualifications se sont disputées à Roehampton, à plusieurs kilomètres de Wimbledon, au grand dam du All England Club (AELTC), organisateur du tournoi depuis 1877.
Un projet ambitieux mais contesté
« Si l’on prend Roland-Garros, l’US Open ou l’Open d’Australie, tous organisent leurs qualifications sur place », a récemment souligné Deborah Jevans, la présidente de l’AELTC. « Nous ne pouvons pas le faire tant que nous n’aurons pas réglé ces litiges juridiques », un processus d’« une lenteur exaspérante », s’est-elle agacée lors d’une conférence de presse.
Au centre de la bataille : le Wimbledon Park, un espace verdoyant avec un lac créé au XVIIIe siècle, séparé simplement par une route du site du tournoi. L’AELTC veut y construire 38 nouveaux courts de tennis et un stade de 8 000 places sur les terrains de l’ancien golf de Wimbledon. Cela permettrait de rapatrier les qualifications sur le site du tournoi et d’accueillir des milliers de spectateurs supplémentaires.
Mais les 25 résidents locaux membres de l’organisation « Save Wimbledon Park » (SWP) ne l’entendent pas de cette oreille. « Ils sont en train de détruire l’un de leurs atouts majeurs : la beauté de leur emplacement », affirme Jonathan Morrish, qui vit ici depuis 45 ans. Wimbledon a « du cachet » grâce à sa verdure, à son ambiance de village, insiste-t-il.
L’exemple de Roland-Garros
La querelle n’est pas sans rappeler celle autour de l’extension de Roland-Garros. Le projet de construction du court Simonne-Mathieu avait cristallisé l’hostilité de défenseurs du patrimoine opposés à l’annexion du jardin des serres d’Auteuil. Après plus de cinq ans de litiges, la justice avait finalement tranché en 2017 en faveur de la Fédération française de tennis et le Simonne-Mathieu accueille joueurs et spectateurs depuis 2019. La superficie de Roland-Garros a augmenté de 50 %.
En mars, la justice britannique a rendu une décision favorable à l’AELTC, affirmant que l’aménagement envisagé n’était pas soumis à des restrictions sur l’usage du terrain. L’association SWP a fait appel. Elle a aussi attaqué l’autorisation d’urbanisme délivrée en 2024 par la métropole du Grand Londres. Une audience est prévue en octobre. Pour Deborah Jevans, « il faudra peut-être attendre plusieurs années » avant de voir l’extension se concrétiser.



