Tapis de yoga en laine : l'Aveyron mise sur une matière délaissée
Tapis de yoga en laine : l'Aveyron mise sur une matière délaissée

L'entreprise Le Tapis de laine, installée à Saint-Affrique, transforme la laine locale en produits du quotidien, dont un tapis de yoga composé à 80 % de laine de brebis Lacaune et à 20 % de laine noire. Lancée en août 2024 après une campagne de financement participatif, elle propose une alternative aux modèles synthétiques et cherche à mieux rémunérer les éleveurs. Chaque tapis vendu permet de reverser deux euros à la filière laine.

De la politique à l'entrepreneuriat

Arrivé dans le département il y a dix ans, Thomas Mogharaei a d'abord travaillé dans le monde politique. Il a notamment été directeur de cabinet de Christian Teyssèdre, alors maire de Rodez, pendant un an, avant d'accompagner le député Jean-François Rousset lors de sa campagne pour les élections législatives de 2022. En 2024, il change de voie et se lance dans l'entrepreneuriat.

Pratiquant lui-même le yoga, il imagine un tapis conçu à partir d'une ressource emblématique du département : la laine de brebis. Pour lui, le projet a notamment été rendu possible par la création, en 2023, de la Filature Colbert. "Cela donne au territoire la possibilité de transformer la laine sur place, plutôt que de l'exporter ou la jeter", explique-t-il.

La laine, une alternative aux tapis synthétiques

Pour concevoir son tapis, l'entrepreneur mise sur les propriétés naturelles de la laine. "Cette matière présente plusieurs qualités, notamment son rebond, sa densité et sa capacité à gérer l'humidité." Un traitement antidérapant, mis au point avec un chimiste installé dans le Tarn, complète sa conception. "C'est le tapis le plus confortable du marché", assure Thomas Mogharaei.

Au-delà du confort, le choix de la laine répond à une volonté de proposer une alternative aux tapis de yoga conventionnels. "Ces produits sont issus de l'industrie pétrochimique ou fabriqués à partir de caoutchouc qui vient de l'autre bout du monde. Il y a une contradiction entre la pratique du yoga, qui invite au recentrage et à la connexion avec la nature, et certaines méthodes de production", estime-t-il.

Mieux valoriser la laine des éleveurs

Derrière ce produit se dessine un enjeu économique pour la filière ovine. La tonte représente un coût pour les éleveurs, alors que la laine ne leur rapporte pas nécessairement de revenus. "Nous sommes dans le premier département lainier de France, mais cette matière n'était pas suffisamment valorisée", indique Thomas Mogharaei. Selon ses estimations, près de 90 % de la laine produite dans le bassin de Roquefort serait aujourd'hui jetée chaque année, sans générer de revenus pour les éleveurs.

Avec son entreprise, il souhaite contribuer à changer cette situation. Chaque tapis vendu permet ainsi de reverser deux euros à la filière laine. Le dirigeant ne s'arrête toutefois pas au tapis de yoga. Il propose notamment un plaid ainsi qu'un tapis d'éveil en laine destiné aux bébés. "Je suis père d'une petite fille. Il existe beaucoup de tapis en matières synthétiques, notamment en plastique. Je pense qu'il est important qu'un nouveau-né puisse être en contact avec une matière naturelle", explique-t-il.

Du cuir recyclé à l'insertion professionnelle

La laine n'est pas la seule ressource locale que Thomas Mogharaei souhaite valoriser. L'entrepreneur s'est également rapproché de la mégisserie Richard, entreprise historique du Sud-Aveyron, pour développer des sacs de transport. "Nous avons réfléchi à un produit complémentaire autour du yoga. La mégisserie me fournit du cuir recyclé dont elle ne se sert pas", explique-t-il. Leur fabrication est confiée à des personnes accompagnées par le dispositif Tremplin pour l'emploi.

Un partenariat auquel le dirigeant tient particulièrement. Il travaille déjà avec plusieurs intérimaires et a également recruté une personne issue de ce dispositif. "J'essaie de m'appuyer sur des projets qui favorisent la réinsertion professionnelle et de rester fidèle à ces choix, que ce soit dans mes recrutements ou dans la manière dont je délègue certaines tâches", précise-t-il. D'autres produits sont également envisagés, comme des coussins de méditation ou des chaussettes antidérapantes.

Dans les prochains mois, l'entrepreneur souhaiterait notamment développer son activité à l'échelle européenne. Avec une équipe de quatre salariés, Le Tapis de laine a vendu 8 000 produits et réalisé un chiffre d'affaires de 550 000 euros en 2025. Pour l'année en cours, Thomas Mogharaei espère maintenir, voire dépasser légèrement, ce niveau d'activité, tout en diversifiant ses ventes afin de moins dépendre du tapis de yoga.