Depuis la dernière usine européenne de pénicilline, située en Autriche, le géant pharmaceutique Sandoz a lancé un appel pressant à l'Union européenne pour qu'elle agisse face à la montée en puissance de la Chine dans la production d'antibiotiques. Cette usine, unique sur le continent, symbolise à la fois un savoir-faire industriel précieux et une fragilité stratégique.
Un appel à la souveraineté sanitaire
Le directeur général de Sandoz, Richard Saynor, a souligné que l'Europe dépend désormais à plus de 80 % de la Chine pour les principes actifs des antibiotiques. Il a exhorté les autorités européennes à mettre en place des mesures incitatives pour maintenir et développer une production locale, notamment par des prix garantis ou des subventions. Sans cela, l'usine autrichienne, qui emploie 900 personnes, pourrait fermer, aggravant la dépendance.
Une menace pour la santé publique
La pénicilline et ses dérivés sont essentiels pour traiter les infections bactériennes. La concentration de la production en Chine expose l'Europe à des ruptures d'approvisionnement en cas de crise géopolitique ou sanitaire. Saynor a rappelé que pendant la pandémie de Covid-19, les chaînes d'approvisionnement avaient déjà montré leurs limites. Il appelle à une stratégie européenne pour la production de médicaments critiques, similaire à celle déployée pour les semi-conducteurs.
Des mesures concrètes attendues
Parmi les pistes évoquées, Sandoz propose des contrats pluriannuels avec les États, des allègements fiscaux pour les investissements industriels, et une harmonisation des normes environnementales pour éviter une concurrence déloyale. L'entreprise investit déjà 150 millions d'euros pour moderniser son site autrichien, mais estime que sans soutien public, l'équation économique reste intenable face aux bas coûts chinois.
La Commission européenne a pris note de ces préoccupations. Un porte-parole a indiqué qu'une réflexion était en cours sur la résilience des chaînes d'approvisionnement dans le secteur pharmaceutique, dans le cadre de la stratégie pharmaceutique européenne. Cependant, aucune annonce concrète n'a encore été faite.
Un enjeu industriel et géopolitique
Au-delà de la santé, c'est aussi un enjeu de souveraineté industrielle. L'Europe a perdu la plupart de ses capacités de production d'antibiotiques au cours des dernières décennies, au profit de l'Asie. Sandoz espère que son alerte servira de déclic pour inverser la tendance. L'entreprise prévoit d'augmenter sa production de 20 % d'ici 2027, mais conditionne cet objectif à un cadre réglementaire favorable.
En attendant, l'usine autrichienne tourne à plein régime, produisant chaque année des tonnes de pénicilline pour les hôpitaux européens. Mais son avenir reste incertain, suspendu aux décisions politiques qui seront prises à Bruxelles.



