Quatre mois après son éviction de la direction de Grasset, l'éditeur Olivier Nora a confirmé lundi 17 août la création de sa propre maison d'édition, Olivier Nora Éditions (ONE), qui se veut "indépendante". Cette annonce intervient dans un contexte de crise sans précédent dans l'édition française, marqué par une fronde des auteurs et des appels à une "clause de conscience".
Une nouvelle maison soutenue par Editis
Dans un communiqué publié lundi, Olivier Nora déclare : "Je suis heureux de créer, avec enthousiasme et humilité, une nouvelle maison d'édition indépendante." La publication coïncide avec le début de la rentrée littéraire. ONE publiera ses deux premiers ouvrages en octobre en coédition avec Plon : Mémoires provisoires de Bernard-Henri Lévy et Sermons sous les décombres de Delphine Horvilleur, deux auteurs qu'Olivier Nora publiait déjà chez Grasset.
Basée à Paris à partir de janvier 2027, ONE sera un éditeur "généraliste" qui "a vocation à publier, en vitesse de croisière, entre 30 et 50 titres par an", précise le communiqué révélé par Livres Hebdo. Le groupe Editis, numéro deux de l'édition en France derrière Hachette, "prend une participation minoritaire au capital de la société" et "fait bénéficier la maison d'un accord de diffusion et de distribution avec sa filiale Interforum ainsi que de prestations commerciales, marketing, techniques et administratives". Editis, filiale du groupe Czech Media Invest (CMI) dont le principal actionnaire est le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, contrôle une cinquantaine de maisons d'édition, dont Robert Laffont, Plon, Nathan, Le Robert ou Pocket.
Une fronde sans précédent chez Grasset
Olivier Nora, 66 ans, issu d'une famille d'intellectuels, est l'une des figures les plus respectées de l'édition française. Il a dirigé Grasset pendant 26 ans jusqu'à l'annonce soudaine, le 14 avril, de son départ, effectif en juillet. Cette éviction a provoqué un choc dans le monde de la culture et entraîné une fronde des auteurs qu'il publiait, qui l'ont imputée à l'homme d'affaires conservateur Vincent Bolloré, principal actionnaire de Hachette, numéro un du secteur et maison-mère de Grasset.
De nombreux écrivains, parmi lesquels Virginie Despentes ou Sorj Chalandon, ont affirmé leur refus de publier de nouveaux livres chez Grasset. Des appels se sont multipliés pour la mise en place d'une "clause de conscience" permettant aux auteurs de résilier leur contrat dans certains cas, un mécanisme qui existe notamment chez les journalistes. Cette mobilisation s'est étendue au cinéma avec la publication d'une pétition durant le Festival de Cannes s'alarmant d'une "prise de contrôle" sur "l'imaginaire collectif".
Un secteur en difficulté, malgré tout
Olivier Nora lance sa maison d'édition dans un contexte difficile pour le secteur, avec une baisse marquée des ventes de livres au premier semestre, la concurrence des écrans et les difficultés de grandes enseignes de librairies, dont Gibert et Le Furet du Nord. Pour lui, le métier d'éditeur "est un acte de foi dans le temps long". Sa nouvelle maison d'édition "aura à cœur de publier en toute liberté des textes aimés, avec la confiance des autrices et des auteurs et celle, je l'espère, des libraires", assure-t-il.
Plusieurs autres maisons d'édition, de taille modeste, se lancent à l'occasion de la rentrée littéraire, à l'image du Cercle Ouvert ou des Intranquilles. Cette nouvelle structure pourrait offrir une alternative aux auteurs en quête de liberté éditoriale, dans un paysage où les grands groupes dominent.



