Depuis la crise du Covid-19, le centre aquatique Nautipolis, à Valbonne, navigue en eaux troubles. Les chiffres du rapport d'activité 2025, présentés au conseil communautaire le 29 juin 2026, sont implacables : une fréquentation à 175 864 entrées (-6,84 % par rapport à 2024), un effondrement du nombre d'abonnés à 904 usagers (-30,73 % par rapport à 2024), et un chiffre d'affaires de 2 462 129 euros HT (-6,96 % par rapport à 2024).
Face à des charges culminant à 3 111 817 euros HT (malgré une baisse de 10,57 % par rapport à 2024), le complexe aquatique de Sophia Antipolis, pensé à l'origine comme un modèle d'équilibre où le fitness et le bien-être devaient éponger le déficit structurel de la piscine, boit financièrement la tasse. Ce bilan difficile a poussé la Communauté d'agglomération Sophia Antipolis (Casa) à voter un cinquième avenant pour prendre en charge 90 % du surcoût énergétique du concessionnaire, soit 234 576 euros HT.
L'opposition dénonce une facture trop lourde pour le contribuable
Cette décision a fait monter au créneau l'élue d'opposition Michèle Muratore, du groupe de la Gauche solidaire, écologique et démocratique. Elle a contesté cette nouvelle rallonge budgétaire, estimant que les objectifs initiaux du contrat n'ont jamais été atteints. Elle pointe notamment une gestion du personnel contestable : la baisse des coûts salariaux permanents (-9,36 % par rapport à 2024) s'est faite au profit d'une forte augmentation des prestataires extérieurs, remplaçant des emplois stables par des profils plus précaires.
Sur le terrain financier, Michèle Muratore conteste la réalité du surcoût de 234 576 euros HT réclamé par le concessionnaire, affirmant que les lignes de dépenses de gaz et d'électricité sur les bilans 2024 et 2025 ne justifient pas une telle somme. Pour elle, ce 5e avenant est la goutte de trop : mis bout à bout, l'effort global de la Casa depuis le début de la concession s'élèverait à plus de 2,3 millions d'euros d'argent public injectés pour soutenir une structure privée. « Qu'un service public soit déficitaire ne nous choque pas, mais que le privé qui gère ce service attende de la collectivité une compensation ne nous semble pas normal », a-t-elle martelé, réclamant l'ouverture d'une réflexion pour un retour à une gestion en régie publique.
Jean Leonetti défend un choix pragmatique et protecteur
Face à ces critiques, le président de l'agglomération, Jean Leonetti, a rappelé les réalités économiques : « Il n'y a pas un stade nautique en France, pas un, qui ne vit pas de subventions publiques ». Il a souligné que Nautipolis avait maintenu son équilibre financier jusqu'au Covid-19 grâce à ses activités annexes, mais que la crise sanitaire, cumulée à un long sinistre technique et au choix politique de ne pas augmenter les tarifs des enfants de l'agglomération, avait durablement plombé la rentabilité.
Pour le président, aider le concessionnaire à surmonter l'explosion des prix de l'énergie n'est pas un cadeau fait au privé, mais un calcul pragmatique pour protéger le contribuable. Casser le contrat de manière anticipée aurait entraîné un procès coûteux et un nouvel appel d'offres impossible à remporter aux conditions initiales. « Quand le délégataire fait des déficits et perd de l'argent, vous devriez dire “On a bien fait de le mettre en délégation, puisque ce n'est pas la communauté d'agglomération, et donc les contribuables, qui participent à ce paiement” ». Selon lui, une gestion directe en régie dès aujourd'hui obligerait la collectivité à supporter l'intégralité d'un déficit bien plus lourd.
Cap sur 2028 : quel avenir pour le complexe aquatique ?
La ligne politique de la majorité est claire : maintenir le contrat actuel à flot jusqu'à son échéance réglementaire, fixée au 31 décembre 2028. Le concessionnaire actuel, dont Jean Leonetti salue la « bonne volonté » malgré une concession qui lui aura déjà coûté beaucoup d'argent, ira jusqu'au bout de son engagement sous peine de poursuites pour rupture abusive.
Cependant, l'après-2028 se prépare dès maintenant. La Casa n'exclut aucune option pour le futur appel d'offres. Si le comparatif avec une gestion en régie publique sera étudié, la majorité penche déjà vers un autre scénario pour préserver le modèle privé sans subvention : réaliser de nouveaux investissements publics, comme l'installation de terrains de tennis ou de paddle, afin de doper l'attractivité commerciale du site. L'objectif est de générer de nouvelles recettes annexes capables de compenser durablement le déficit structurel de la piscine.



