Gaspard de Monclin, fondateur de la filiale média du groupe Overlord, a conclu le 22 juillet 2026 son quatrième rachat d'un journal économique, le Journal des entreprises (JDE), à la barre du tribunal de commerce de Nantes. Comme pour ses précédentes acquisitions, il n'a repris aucun des trente journalistes salariés répartis dans toute la France, mais seulement une dizaine de pigistes et une dizaine de commerciaux. Cette stratégie, assumée par l'entrepreneur, inquiète les syndicats de journalistes et la profession.
Un quatrième rachat sans journalistes salariés
Interrogé sur l'absence de reprise des journalistes salariés, Gaspard de Monclin justifie son choix par la situation financière des titres qu'il rachète. « Le groupe emploie une centaine de salariés, dont 80 % dans la filiale média. Nous sauvons toujours beaucoup d'emplois dans nos reprises sans quoi ce serait bien souvent 100 % de chômage. Mais très peu sont journalistes... J'ai 20 cartes de presse sur l'ensemble du groupe », explique-t-il. Selon lui, l'échec d'un média est d'abord lié à son audience : « Bien sûr que la valeur ajoutée d'un média ce sont ses journalistes mais, s'il a échoué, c'est qu'il ne faisait pas beaucoup d'audience, que la rédaction ne sortait pas d'enquêtes, des angles qui intéressent le public... »
La clause de cession pointée du doigt
L'entrepreneur met en avant la clause de cession, un dispositif protecteur pour les journalistes en cas de changement de propriétaire, mais qui, selon lui, peut se retourner contre eux en cas de faillite. « Je veux bien conserver des journalistes mais avec la menace de les voir partir quelques semaines plus tard en vertu de cette clause ce n'est pas intéressant pour moi d'autant que son coût peut mettre en danger le groupe », précise-t-il. Cette clause permet aux journalistes de quitter l'entreprise avec des indemnités, ce qui représenterait un risque financier pour une structure en redressement.
Une stratégie axée sur l'audience et le brand content
Gaspard de Monclin affirme vouloir relancer les titres en faisant croître leur audience. Il cite l'exemple du Revenu, où « nous avons gardé une partie de l'équipe et depuis la reprise nous l'avons aussi agrandie. Quand on retourne la situation de la société, elle retrouve une audience, des annonceurs... » Pour le Journal des entreprises, il prévoit de recruter après avoir passé des entretiens. Interrogé sur l'usage de l'intelligence artificielle, il dément vouloir remplacer les journalistes : « L'IA c'est le fantasme de L'Humanité, qui sera bientôt mis en examen pour les propos que ce journal communiste a tenu contre moi. L'IA ne remplace personne, c'est un outil qui aide à créer de meilleurs contenus à condition qu'un journaliste soit derrière. »
Concernant le modèle économique, l'entrepreneur assume le recours au brand content, mais insiste sur la nécessité de le signaler clairement. « Au Revenu, le brand content représente 1 % de ce que nous publions, et bien entendu c'est signalé comme tel, même si je ne sais pas s'il s'agit du bon terme car les gens ne le connaissent pas forcément. Évidemment il ne faut pas faire que cela, sinon le titre perdrait toute sa valeur sans information indépendante », déclare-t-il. Le JDE pratiquait déjà le brand content, et Monclin entend maintenir un équilibre entre contenu sponsorisé et journalisme indépendant.
Des inquiétudes persistantes dans la profession
Les syndicats de journalistes voient d'un mauvais œil ces reprises sans salariés, craignant une précarisation de la profession et une atteinte à l'indépendance rédactionnelle. La stratégie de Gaspard de Monclin, qui privilégie les pigistes et les commerciaux, interroge sur la pérennité d'un journalisme de qualité dans les médias économiques locaux. Le fondateur d'Overlord, lui, reste confiant : « Il faut trouver un juste équilibre. Le JDE défend l'économie locale, on n'est pas anticapitaliste ! »



