La révolution de l'intelligence artificielle et l'explosion des data centers offrent une bouffée d'oxygène à des industriels français de l'économie traditionnelle. Cimentiers, métallurgistes et fabricants de transformateurs électriques voient leur carnet de commandes se remplir grâce à la construction de ces infrastructures gourmandes en ressources.
Un marché en pleine expansion
Selon une étude du cabinet McKinsey, la demande mondiale en data centers devrait croître de 10 % par an jusqu'en 2030. En France, le marché représente déjà plusieurs milliards d'euros. Les industriels français, longtemps en difficulté face à la concurrence étrangère, trouvent dans ce secteur un nouveau débouché.
Le groupe Vicat, cimentier historique, a vu ses ventes de ciments spéciaux pour data centers bondir de 25 % en 2025. « Les data centers nécessitent des bétons à haute performance, capables de supporter des charges lourdes et d'assurer une isolation thermique optimale », explique un porte-parole de l'entreprise.
Des métallurgistes en première ligne
Les métallurgistes ne sont pas en reste. Le groupe Aperam, spécialiste de l'acier inoxydable, a développé des alliages spécifiques pour les serveurs et les systèmes de refroidissement. « Nous avons investi 50 millions d'euros dans une nouvelle ligne de production dédiée aux data centers », indique son PDG, Timoteo Di Maulo. Cette diversification a permis à l'entreprise de compenser la baisse de la demande dans d'autres secteurs, comme l'automobile.
Les fabricants de transformateurs électriques, comme Schneider Electric, profitent également de cette tendance. Leurs équipements sont essentiels pour assurer une alimentation stable et efficace aux data centers. « Nous avons enregistré une hausse de 30 % de nos commandes en provenance de ce secteur », précise un responsable de l'entreprise.
Des retombées économiques significatives
Ces nouvelles activités créent des emplois et dynamisent des territoires. Selon le ministère de l'Industrie, le secteur des data centers a généré 15 000 emplois directs et indirects en France en 2025. Des régions comme l'Île-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes et l'Occitanie sont particulièrement concernées.
Cependant, cette croissance suscite des inquiétudes environnementales. Les data centers sont de gros consommateurs d'électricité et d'eau. En France, l'ADEME estime que leur empreinte carbone pourrait doubler d'ici 2030 si des mesures d'efficacité énergétique ne sont pas prises. Les industriels français misent sur des innovations, comme le refroidissement par immersion ou l'utilisation d'énergies renouvelables, pour répondre à ces défis.
Un avenir prometteur mais sous conditions
Pour les industriels français, l'avenir semble radieux. Le plan France 2030 prévoit 10 milliards d'euros d'investissements dans les data centers verts. Les entreprises comme Vicat, Aperam et Schneider Electric entendent bien en profiter. « Nous avons une longueur d'avance sur nos concurrents grâce à notre capacité d'innovation », affirme le PDG d'Aperam.
Mais cette transformation ne se fera pas sans heurts. Les industriels doivent faire face à la hausse des coûts des matières premières et à une concurrence internationale accrue. La clé du succès réside dans leur capacité à allier tradition et modernité, tout en respectant les impératifs environnementaux.



