Les feux de forêt qui ravagent la Gironde depuis plusieurs semaines ont déjà conduit les acteurs économiques locaux à tirer la sonnette d'alarme. Selon la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux, plus de 300 entreprises, principalement dans le tourisme, l'hôtellerie et la viticulture, s'attendent à une saison estivale « foutue ».
Un bilan économique préoccupant
Les premières estimations font état de pertes cumulées de 45 millions d'euros, un chiffre qui pourrait encore grimper si les incendies persistent. « Nous avons déjà perdu 60 % de nos réservations pour juillet et août », déclare Marc Dupont, propriétaire d'un camping à La Teste-de-Buch. De nombreux établissements ont dû fermer leurs portes ou annuler des événements, faute de clients et en raison des contraintes de sécurité.
Les exploitants viticoles ne sont pas en reste. Le vignoble de l'Entre-deux-Mers, bien que non directement touché par les flammes, subit les retombées des fumées et la baisse de fréquentation. « Les touristes annulent leurs visites de cave, et les commandes des cavistes étrangers sont en chute libre », explique Sophie Moreau, vigneronne à Sauternes.
Des impacts sur l'emploi local
La perspective d'une saison réduite inquiète également pour l'emploi saisonnier. Dans le bassin d'Arcachon, jusqu'à 600 postes pourraient ne pas être pourvus ou être supprimés. « Nous recrutons habituellement 80 saisonniers ; cette année, nous n'en prendrons que 20 », confie un gestionnaire de plage. La Fédération du bâtiment et des travaux publics de Gironde souligne que les chantiers de rénovation hôtelière sont reportés sine die, pénalisant les artisans locaux.
Les autorités locales ont annoncé un fonds d'urgence de 5 millions d'euros pour soutenir les entreprises les plus fragilisées. Cependant, les professionnels estiment que cette enveloppe est insuffisante. « C'est un pansement sur une jambe de bois », affirme Jean-Pierre Lartigue, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie de la région.
L'incertitude climatique comme menace durable
Au-delà de l'urgence, les entrepreneurs s'interrogent sur la pérennité de leurs activités dans un contexte de multiplication des feux liés au changement climatique. « Chaque été, nous croisons les doigts. Mais à force, cela devient invivable », témoigne un loueur de bateaux à Arcachon. La Chambre d'agriculture de Gironde alerte sur la nécessité d'adaptation des pratiques culturales et touristiques.
Alors que la saison n'est pas encore terminée, le moral des troupes est au plus bas. Les prévisions météorologiques annoncent un temps chaud et sec pour les prochaines semaines, laissant craindre une aggravation de la situation. Les entreprises locales, elles, comptent les jours et les pertes.



