La nouvelle PPE relance massivement le nucléaire et suscite des réactions contrastées
PPE : relance du nucléaire et réactions contrastées

La nouvelle PPE acte une relance massive du nucléaire en France

Le gouvernement a présenté jeudi la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), une feuille de route stratégique pour la période 2026-2035 qui mise résolument sur un accroissement de la production énergétique décarbonée et acte une relance massive du nucléaire. Cette annonce, longtemps attendue, suscite des réactions partagées, allant du soulagement à la déception voire à la colère selon les acteurs concernés.

Une stratégie énergétique pour la souveraineté et la décarbonation

Dans cette PPE3, sujet d'intenses débats depuis trois ans, le gouvernement met l'accent sur la relance de la consommation d'une électricité décarbonée, notamment d'origine nucléaire, en remplacement des énergies fossiles coûteuses à importer. « Il n'y a pas de schéma dans lequel on peut être dépendant », a déclaré Sébastien Lecornu, ministre de la Transition énergétique, lors d'un déplacement dans le Jura pour présenter les annonces. Ne pas décider « devenait fondamentalement dangereux pour notre souveraineté, pour notre capacité à produire », a-t-il ajouté.

La publication de cette stratégie, maintes fois retardée, est jugée essentielle par le Medef pour donner de la stabilité et de la visibilité aux entreprises, sécuriser les investissements et renforcer la compétitivité française.

Les objectifs chiffrés de la PPE3

Cette feuille de route, qui doit être publiée vendredi au Journal officiel, détaille précisément la part de chaque filière dans la production d'énergie :

  • Nucléaire : relance massive avec optimisation du parc existant et construction de six nouveaux réacteurs (huit en option)
  • Éolien en mer : accélération prévue mais avec un léger décalage temporel des objectifs
  • Éolien terrestre et solaire : objectifs en baisse en raison de la stagnation de la demande électrique
  • Hydraulique : maintien de sa contribution au mix énergétique

Le gouvernement vise une production électrique décarbonée en 2035 « en lien étroit avec la croissance de l'électrification des usages », c'est-à-dire la transition de secteurs dépendants des énergies fossiles (gaz, pétrole) vers l'électricité. « En 2023, nous consommions près de 60 % d'énergie finale fossile. Notre objectif est de n'en consommer plus que 40 % en 2030 », souligne le document de présentation.

Une relance nucléaire en rupture avec la précédente PPE

La PPE3 marque une rupture nette avec la précédente programmation (2019-2024) qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs. Désormais, la production nucléaire, déjà majoritaire en France, devrait atteindre 380 à 420 térawattheures (TWh) en 2030, contre 320 TWh en 2023. Cette relance s'accompagne d'une optimisation du parc existant et du lancement de nouveaux réacteurs.

Le gouvernement justifie cette orientation par la nécessité de répondre aux enjeux de souveraineté énergétique et de décarbonation, tout en reconnaissant que le nucléaire reste une énergie complexe à mettre en œuvre.

Un plan qui divise les acteurs politiques et associatifs

Les réactions à cette annonce sont particulièrement contrastées :

  1. Greenpeace dénonce « une PPE médiocre » qui fait croire « au mythe du nucléaire quoi qu'il en coûte »
  2. Le Réseau action climat attend les « mesures concrètes » du gouvernement concernant son plan d'électrification
  3. Jules Nyssen, président du SER, espère la fin des querelles entre partisans du tout-nucléaire et des énergies renouvelables
  4. Marine Le Pen (RN) dénonce « un passage en force » et menace de déposer une motion de censure
  5. Marine Tondelier (Les Écologistes) exprime son « soulagement » qu'il n'y ait pas de moratoire sur les renouvelables

Sébastien Lecornu a jugé « facile » d'opposer renouvelables et nucléaire, soulignant que toutes les énergies « coûtent de l'argent », alors que le prix de l'électricité est devenu un sujet particulièrement sensible. Il a rappelé que des oppositions avaient également mal accueilli le plan Messmer dans les années 1970, au sortir du choc pétrolier.

Une clause de revoyure est prévue en 2027, année de l'élection présidentielle, permettant d'ajuster cette stratégie énergétique en fonction des évolutions du contexte national et international.