Un an après les recours historiques pour mal-logement, la situation s'aggrave
Le 13 février 2025, le Collectif des associations pour le logement, regroupant une quarantaine d'organisations, lançait une démarche judiciaire inédite contre l'État français. Deux recours distincts étaient déposés pour non-assistance à personnes mal-logées, accusant les pouvoirs publics de manquer à leurs obligations légales en matière d'hébergement d'urgence et de mise en œuvre du droit au logement opposable (DALO).
Une inspiration venue de la justice climatique
Cette action s'inspirait directement du recours de L'Affaire du siècle, qui avait permis à des ONG environnementales de faire condamner la France en 2021 pour non-respect de ses engagements climatiques. Le collectif espérait ainsi obtenir une reconnaissance similaire des manquements de l'État dans le domaine du logement.
Un électrochoc qui n'a pas eu lieu
Un an après le dépôt de ces recours, le bilan est amer. On aurait pu penser que le dépôt de ces recours constituerait un électrochoc pour l'État, a déclaré Manuel Domergue, porte-parole du collectif et directeur des études à la Fondation pour le logement des défavorisés, lors d'une conférence de presse le 12 février. Mais l'État demeure, selon lui, hors-la-loi.
La situation n'a pas seulement stagné, elle s'est significativement détériorée. Les chiffres parlent d'eux-mêmes :
- Le 2 février, 6 040 personnes ayant réussi à joindre le numéro d'urgence 115 (souvent saturé) sont restées sans solution d'hébergement
- Ce chiffre représente une augmentation de 10% par rapport à la même date en 2024
- Parmi ces personnes, 1 793 étaient des enfants, dont 390 âgés de moins de trois ans
- Le nombre d'enfants concernés a progressé de 16% en seulement deux ans
Des associations en première ligne
Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), a exposé ces chiffres alarmants. Sa fédération, dont de nombreux membres assurent l'hébergement d'urgence pour le compte de l'État, constate quotidiennement l'aggravation de la crise.
Les associations dénoncent un système d'urgence saturé et des moyens insuffisants face à une demande croissante. La situation à Strasbourg, où un gymnase a dû être aménagé en hébergement d'urgence en décembre 2025, illustre cette réalité dramatique qui touche désormais toutes les régions françaises.
Alors que les recours judiciaires suivent leur cours, les acteurs de terrain alertent sur l'urgence humanitaire qui se joue chaque jour dans les rues de France. L'écart se creuse entre les obligations légales de l'État et la réalité vécue par des milliers de personnes privées de logement décent.