Un volant rectangulaire pour remplacer le cercle
Tout le monde est habitué au volant rond. Mais cet objet éternel de l’automobile pourrait bien avoir fait son temps. Peugeot présente Hypersquare, un volant rectangulaire qui constitue une vraie révolution. Symbolique d’abord, car cet équipement saute aux yeux, mais surtout physique et technologique, puisqu’il est sans colonne de direction. Autrement dit, sans liaison mécanique directe avec les roues, remplacée par des signaux électriques.
Ce rectangle percé de quatre ronds a été dévoilé pour la première fois au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas en 2023. Nous avons pu l’essayer sur une Peugeot 2008, sur le circuit routier du centre d’essais de l’UTAC à Mortefontaine (Yvelines), qui reconstituait les conditions de roulage d’une route départementale. Chicanes, courbes douces, longue ligne droite, secteur pavé : tout pour prendre la mesure de ce volant du futur.
Première impression : visibilité améliorée
Après un briefing technique, nous nous installons place conducteur. Première impression : le format rectangulaire et compact libère de la visibilité vers le pare-brise et le tableau de bord. « Ce volant ne masque presque rien, le pilote a pleinement la vue sur les informations qui lui sont utiles », se félicite Bérengère Hollo, chef de produit de l’e-208. Cette petite citadine accueillera la première l’Hypersquare sur sa planche de bord, dans sa version de troisième génération, en 2027. Il restera cependant possible d’acheter le modèle avec un volant rond.
Les designers de la marque au lion « se sont fait plaisir », assure la responsable, utilisant « la puissance high-tech et statutaire de ce volant rectangulaire » pour proposer « une nouvelle génération d’i-cockpit », le concept de poste de conduite Peugeot, qui promet un champ de vision plus complet et plus sûr.
Essai sur circuit : une conduite transformée
Premiers tours d’Hypersquare sur le parking qui mène au circuit. L’impression est différente, mais pas celle d’un volant fou. La sensation de consistance est réelle, malgré l’absence de liaison mécanique. « Des capteurs mesurent l’angle du volant, un calculateur électronique traduit l’intention du conducteur, puis des actionneurs électriques braquent les roues », explique Arthur Megy, l’ingénieur développement, installé sur le siège passager.
Quelques premières manœuvres simples suffisent pour mesurer l’ampleur du changement. Nouveaux gestes… et moins de gestes ! Le stationnement, les créneaux et les demi-tours sont beaucoup plus faciles et directs, avec une réduction du nombre de tours de volant. La sensation d’agilité est clairement améliorée, alors même que le rayon de braquage, en lui-même, n’est pas modifié. « Vous faites un tour de volant là où il fallait en faire trois auparavant », explique Arthur Megy. Bref, plus besoin de brasser, plus besoin de volant rond.
À vitesse élevée, la direction est nettement plus directe que d’habitude. Cela demande un petit temps d’adaptation et, sur les premières courbes, j’ai tendance à virer très à la corde. Je prends le parti de bien garder les deux mains sur l’Hypersquare. Oubliée celle posée sur la cuisse, où le coude à la portière. Le circuit propose plusieurs chicanes, que je négocie mieux le tour suivant. En ligne droite, à vitesse élevée, le volant s’adapte et suggère les petits angles auxquels on est habitué.
Arrive le secteur pavé. L’Hypersquare filtre les mauvaises vibrations, mais sans couper le retour de la route. Les mains et les avant-bras ne tremblent pas sur les cahots, la sensation de confort ouaté proposé par la voiture électrique est démultipliée.
Sécurité et coût : les questions en suspens
Tout pour plaire, alors ? Cette technologie sans colonne de direction physique pourra faire peur. Certains allergiques à l’inflation technologique dans les véhicules s’étrangleront peut-être. Quid d’une panne ? Pour garantir la sécurité, Peugeot a intégré une architecture redondante inspirée de l’aéronautique : en cas de défaillance d’un composant, le système bascule automatiquement sur une voie secondaire. « Tout est doublé, tout est séparé physiquement, insistent les ingénieurs. Le véhicule se met automatiquement en sécurité après la perte d’une redondance critique. »
Reste à connaître précisément le surcoût de cette technologie. Peugeot, pour l’heure, ne donne aucune indication mais l’option devrait se chiffrer, a minima, en centaines d’euros. La concurrence, elle, est en embuscade, mais sur des véhicules premium : Tesla Cybertruck, Lexus RZ, Mercedes QS, etc. La nouvelle e-208 sera la première citadine grand public à proposer cette technologie révolutionnaire et confortable, une fois passée la rapide période de prise en main.



