Dans l’Hérault, les prix plafonnés par TotalEnergies provoquent un afflux massif de clients dans ses stations-service, entraînant des files d’attente interminables, des tensions entre automobilistes et des dégradations de matériel. Ce lundi matin, dès 9 h 30, la file d’attente s’allonge déjà devant la station TotalEnergies de Saint-Jean-de-Védas, où les automobilistes patientent pour économiser quelques centimes.
Des prix attractifs mais des files d’attente interminables
Avec un pic régional à 2,35 euros le litre d’essence à Lectoure (Gers) et un gazole affiché à 2,82 euros à Bessan (Hérault), les prix bloqués par TotalEnergies deviennent très attractifs. Dans toutes les stations de l’énergéticien français, le SP95 est affiché à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,25 euros. Cet écart de prix provoque un afflux de clients, mais ce succès commercial a des conséquences : les files s’allongent, l’attente aussi, et la tension monte rapidement.
« C’est incessant, on sent que les gens sont à bout. On a même eu une dégradation des pompes par des automobilistes », confie la gérante de la station védasienne, contrainte d’installer un panneau invitant les clients à respecter le matériel. Son employé confirme avoir été témoin de disputes pour une place, de gens qui se battent pour passer en premier.
Le personnel subit l’image négative de Total
« Au final, on a l’impression de subir l’image négative de Total, mais les gens ne se rendent pas compte qu’on ne touche qu’une petite commission sur ce qu’ils paient, et que ce n’est pas nous qui fixons les prix », rappelle la patronne. « Ce n’est pas nous non plus qui sommes à l’origine des causes de l’augmentation. » Une colère que les salariés des stations disent subir directement, alors qu’ils n’ont pas la main sur les prix affichés à la pompe.
Quelques kilomètres plus loin, dans une station Total du sud de Montpellier, pas de répit non plus pour le gérant. Ce lundi matin, il ne propose que du diesel, en attendant le prochain réapprovisionnement en essence. « Les gens sont tendus car tout augmente. Mais en plus de ça, on n’est pas un achat plaisir, personne n’est content de venir faire son plein de carburant », souligne-t-il.
« On a l’impression de se faire b****r »
« C’est parce qu’on a l’impression de se faire b****r », confirme un artisan présent dans le magasin. Propriétaire de quatre camions, il explique avoir eu un surplus de 10 000 euros de carburant à assumer cette année. À Pignan, la vendeuse de la station Total située à la sortie du village raconte que la hausse d’activité, que l’on perçoit facilement en jetant un œil au parking bondé, est « très compliquée à gérer ».
« Déjà parce qu’on doit fermer plus tôt chaque jour, car on arrive en rupture plus tôt dans la journée à cause de l’afflux de clients », explique-t-elle. « Je n’ai pas pu faire un week-end complet depuis quelque temps. Et puis beaucoup de clients sont impolis, ne disent pas bonjour, et on les entend s’engueuler d’ici. Il faut arriver à gérer tout cela », ajoute-t-elle.
Pourquoi le carburant est-il si cher ?
Le gazole atteint 2,314 euros le litre en France ce lundi 14 septembre, contre 2,141 euros pour le SP95-E10, selon les données relevées par Roole Media. Plusieurs facteurs expliquent cette flambée. Premier élément : le pétrole brut. Le baril de Brent évolue autour de 107 dollars, sous l’effet notamment des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Mais le prix du brut ne suffit pas à expliquer celui payé à la pompe : il faut aussi prendre en compte le prix des produits raffinés.
La marge brute de raffinage atteint 26,4 centimes par litre de carburant en septembre, soit environ quatre fois plus qu’en début d’année selon la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC). Enfin, les taxes représentent une part importante du prix : l’accise sur les carburants (61 centimes par litre pour le gazole et 69 centimes par litre pour l’essence) et la TVA représentent ensemble presque la moitié du prix du carburant. La TVA, fixée à 20 %, augmente mécaniquement lorsque le prix hors taxes progresse. Elle s’applique également sur l’accise.
Le paradoxe est là : en venant chercher quelques économies à la pompe, les automobilistes repartent parfois avec les nerfs à vif. Face aux dégradations subies, la responsable de la station-service TotalEnergies a dû afficher un mot de prévention.



