La promesse de Donald Trump est claire : forer davantage pour libérer l'énergie américaine, réduire les coûts, augmenter les salaires et rendre les biens made in USA compétitifs. Pourtant, un mécanisme économique bien connu, la « maladie hollandaise », pourrait inverser cet objectif.
Un record de production qui interroge
En 2025, la production américaine de pétrole brut a atteint un record historique de 13,6 millions de barils par jour. Le prix de l'énergie aux États-Unis est nettement inférieur à celui de l'Europe. À première vue, l'avantage concurrentiel semble évident. Mais l'économiste suisse Richard Baldwin propose de retourner la rhétorique : et si le « drill, baby, drill » trumpien rendait la réindustrialisation plus difficile ?
Qu'est-ce que la maladie hollandaise ?
Ce concept tire son nom de la découverte de gaz naturel à Groningue aux Pays-Bas à la fin des années 1950. Le mécanisme est le suivant : un boom dans un secteur exportateur, ici les hydrocarbures, fait affluer des devises, ce qui apprécie le taux de change réel. Cette appréciation rend les autres secteurs exportateurs, notamment l'industrie manufacturière, moins compétitifs sur les marchés internationaux. Par ailleurs, les ressources, qu'il s'agisse de capitaux ou de main-d'œuvre, sont attirées vers le secteur en plein essor, au détriment de l'industrie.
Les implications pour la réindustrialisation américaine
Si les États-Unis augmentent massivement leur production de pétrole et de gaz de schiste, cela pourrait conduire à une appréciation du dollar, rendant les exportations manufacturières plus chères. De plus, les investissements et l'emploi pourraient se concentrer dans les secteurs énergétiques plutôt que dans l'industrie manufacturière. Ainsi, la stratégie de Trump visant à renforcer l'industrie nationale via l'énergie bon marché pourrait paradoxalement nuire à la compétitivité industrielle à long terme.
Un paradoxe pour l'administration Trump
Le locataire de la Maison-Blanche mise sur l'énergie pour relancer l'industrie. Mais selon Richard Baldwin, le risque est que le pays souffre d'une forme de maladie hollandaise, où le succès du secteur pétrolier et gazier freine la diversification économique et la renaissance industrielle. Les données montrent déjà une concentration des investissements dans le secteur énergétique au détriment des usines. Par exemple, les dépenses d'équipement dans le pétrole et le gaz ont augmenté de 15 % en 2025, tandis que celles dans la fabrication sont restées stables.
Des précédents historiques
La maladie hollandaise a été observée dans de nombreux pays. Les Pays-Bas eux-mêmes ont vu leur industrie manufacturière décliner après le boom gazier. Plus récemment, des pays comme le Nigeria ou le Venezuela ont souffert de la malédiction des ressources naturelles. Même la Norvège, souvent citée comme un contre-exemple réussi, a dû mettre en place un fonds souverain pour éviter les effets néfastes sur son industrie.
Quelles alternatives ?
Pour éviter la maladie hollandaise, certains économistes recommandent de stériliser une partie des revenus pétroliers, par exemple via un fonds souverain, et d'investir dans la diversification économique. Cependant, l'administration Trump semble plutôt privilégier une expansion maximale de la production, ce qui pourrait aggraver le phénomène.
En conclusion, si le « drill, baby, drill » semble bénéfique à court terme pour les coûts énergétiques, il pourrait compromettre l'objectif de réindustrialisation à long terme. La leçon de l'histoire économique rappelle que les ressources naturelles abondantes ne sont pas toujours un atout pour le développement industriel. Il appartient désormais aux décideurs américains de trouver un équilibre entre exploitation énergétique et soutien à l'industrie.



