Réforme arrêts maladie : le retour au travail sous le signe du ressentiment
Réforme arrêts maladie : retour au travail sous le ressentiment

La réforme des arrêts maladie et des ruptures conventionnelles, entrée en vigueur en 2026, laisse des traces. Selon une enquête menée par l’institut de sondage Viavoice pour le cabinet de conseil en ressources humaines Empreinte Humaine, publiée le 31 août 2026, près de deux salariés sur trois (64 %) estiment que cette réforme dégrade leur moral et leur perception du travail. Le phénomène, qualifié de « ressentiment » par les auteurs de l’étude, se manifeste par une défiance accrue envers l’employeur et une baisse de l’engagement professionnel.

Une réforme qui nourrit la méfiance

L’enquête révèle que 58 % des salariés interrogés déclarent avoir « moins confiance » dans leur entreprise depuis l’annonce de la réforme. Ce sentiment est particulièrement marqué chez les employés de plus de 45 ans (67 %) et dans les secteurs de la santé et de l’éducation (71 %). Les mesures phares de la réforme, notamment le durcissement des conditions d’indemnisation des arrêts maladie et la facilitation des ruptures conventionnelles, sont perçues comme une remise en cause des droits sociaux.

« On assiste à un véritable basculement psychologique : le salarié ne se sent plus protégé, mais surveillé », explique Claire Martin, directrice d’études chez Viavoice. « Cette réforme, pensée pour réduire les dépenses publiques, a un coût humain invisible : elle érode le lien de confiance qui fonde la relation de travail. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un impact concret sur la reprise du travail

Le ressentiment ne se limite pas aux perceptions. L’étude note une hausse de 12 % des arrêts maladie de courte durée (moins de 5 jours) dans les trois mois suivant l’entrée en vigueur de la réforme, un chiffre que les auteurs interprètent comme une « résistance passive » des salariés. Parallèlement, 45 % des personnes interrogées envisagent de quitter leur poste dans les douze prochains mois, contre 32 % avant la réforme.

Les ruptures conventionnelles, censées fluidifier le marché du travail, sont également scrutées. Selon le ministère du Travail, leur nombre a augmenté de 18 % au premier semestre 2026, mais 39 % des salariés y ayant recours déclarent l’avoir fait « par méfiance envers l’avenir » plutôt que par choix de carrière. Ce chiffre suggère que la réforme pourrait accélérer une précarisation ressentie, plutôt qu’une mobilité choisie.

Des entreprises face à un défi de communication

Les DRH interrogés dans le cadre de l’enquête reconnaissent un « climat tendu » dans les équipes. « La réforme a été vécue comme une sanction, même si elle ne l’est pas », témoigne Sophie Bernard, DRH d’une PME industrielle de 200 salariés. « Nous devons redoubler d’efforts pour expliquer les nouvelles règles, mais aussi pour recréer du lien. »

Viavoice recommande aux entreprises de mettre en place des « espaces de dialogue » dédiés à la réforme, et de former les managers à détecter les signes de désengagement. L’institut souligne que le ressentiment, s’il n’est pas pris en compte, pourrait se traduire par une hausse de l’absentéisme et une baisse de la productivité à moyen terme.

Un avenir incertain pour la réforme

Alors que le gouvernement défend les objectifs budgétaires de la réforme, l’étude pointe un paradoxe : les économies attendues sur les arrêts maladie pourraient être en partie annulées par le coût du turnover et de la perte d’engagement. Les auteurs appellent à un « rééquilibrage » entre impératifs financiers et qualité de vie au travail, et suggèrent une évaluation indépendante des effets de la réforme d’ici 2027.

En attendant, les salariés interrogés expriment un besoin de reconnaissance. « Ce que nous demandons, c’est que notre santé et notre implication soient prises au sérieux », conclut un participant à l’enquête, cité anonymement. Une exigence qui, selon Viavoice, devrait être au cœur des négociations de branche à venir.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale