Pompiers volontaires en entreprise : le difficile équilibre
Pompiers volontaires en entreprise : le difficile équilibre

Entre deux interventions, les sapeurs-pompiers volontaires qui travaillent en entreprise vivent une double vie. En France, ils sont environ 200 000 à composer les rangs d'une sécurité civile qui repose à 80 % sur leur engagement. Mais leur disponibilité, précieuse pour les casernes, se heurte à la réalité économique des employeurs. Le sujet revient sur le devant de la scène alors que les pouvoirs publics tentent de redéfinir les règles du volontariat en entreprise.

La question n'est pas nouvelle. Dès qu'un appel au secours retentit, le salarié pompier doit quitter son poste, parfois en pleine production. Le code du travail encadre ces absences : l'employeur est tenu de laisser partir son salarié sous certaines conditions. En pratique, tout dépend de la taille de la structure et de la bonne volonté de chacun.

Une épineuse question pour les PME

Dans les grandes entreprises, des conventions collectives facilitent souvent les choses. En revanche, les PME et TPE redoutent de perdre un maillon essentiel de leur chaîne de production. « On ne peut pas non plus vider les bureaux », constate un dirigeant de la métallurgie, résumant la frustration de nombreux patrons. La phrase prononcée lors d'une réunion avec les services de l'État a fait son chemin.

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Les organisations patronales, comme la CPME, demandent une meilleure visibilité sur les temps d'absence. Elles suggèrent que les volontaires signalent leurs disponibilités à l'avance, ou que des quotas soient fixés par site. Une position qui heurte la philosophie du volontariat, fondée sur l'urgence et l'instantanéité.

Le cadre légal évolue progressivement

La loi Matras du 25 novembre 2021 a déjà apporté des avancées : reconnaissance de l'engagement, création de la journée défense et citoyenneté pour les pompiers volontaires, et surtout un meilleur accompagnement des employeurs via des aides financières. Des dispositifs expérimentaux voient le jour, comme les conventions de disponibilité signées entre une caserne et une entreprise.

Dans certaines zones rurales, où les pompiers volontaires sont indispensables, des collectivités testent également la mise à disposition d'agents. Le ministère de l'Intérieur encourage ces démarches, tout en rappelant que chaque départ volontaire doit rester un choix personnel.

Et les salariés dans tout cela ?

Les pompiers volontaires eux-mêmes se disent parfois pris en tenaille. Souvent passionnés, ils ne veulent pas créer de tensions avec leur employeur. « Nous sommes conscients des contraintes des entreprises, mais nous voulons pouvoir sauver des vies », témoigne un caporal-chef interrogé par Le Point. Son entreprise, une société de logistique, a fini par signer une convention avec le SDIS local.

La solution pourrait venir d'un « statut du pompier volontaire salarié » qui harmoniserait les droits et devoirs de chacun. Un rapport parlementaire préconise d'étendre à tous les secteurs le dispositif des entreprises à « clause de conscience citoyenne ». L'idée : garantir un nombre minimal de volontaires par site, tout en protégeant l'emploi de ceux qui partent.

Un enjeu de sécurité majeure

L'enjeu est immense. En milieu rural, sans ces volontaires, des communes entières resteraient sans secours. Selon la direction générale de la sécurité civile, le nombre de volontaires baisse légèrement depuis une décennie. La fidélisation passe par une meilleure articulation avec la vie professionnelle.

Un accord interministériel sur la disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires est attendu pour la fin de l'année. Il devrait clarifier les mécanismes de compensation pour les employeurs et fixer un cadre de dialogue entre les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) et les entreprises. En attendant, les initiatives locales montrent la voie.

Dans le Sud-Ouest, une plateforme en ligne met en relation les entreprises disposées à accueillir des volontaires avec les casernes. Des formations de secourisme sont organisées sur le temps de travail, rémunérées par l'employeur, en échange d'engagements de présence. Ces exemples inspirent d'autres régions, qui planchent sur des solutions similaires.

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Reste que la tension de fond demeure : concilier l'impératif de sécurité civile avec la vitalité économique du pays. Le gouvernement l'a bien compris, qui hésite entre régime d'autorisation et incitation. En attendant, des milliers de citoyens continuent de choisir chaque semaine de tout quitter sur un coup de fil.