Le blockbuster de l'été est en train de frapper fort. « l'Odyssée » de Christopher Nolan, superproduction à 250 millions de dollars, a déjà engrangé plus de 640 millions de dollars de recettes dans le monde et attire 3 millions de spectateurs en France en seulement deux semaines. Mais le film ne se contente pas de battre des records : il a aussi conquis l'un des plus grands spécialistes d'Homère, le philologue et helléniste Pierre Judet de La Combe.
Une épopée moderne et controversée
Comme Ulysse lui-même, le film a dû affronter de nombreuses tempêtes. Tourné en partie au Sahara occidental, « l'Odyssée » a suscité des critiques politiques. Les accusations de wokisme lancées par Elon Musk – qui a vu dans le casting une dérive idéologique – ont enflammé les réseaux sociaux. Les réserves émises par certains spécialistes de l'Antiquité sur la fidélité au texte original ont également alimenté les débats. Pourtant, pour Pierre Judet de La Combe, âgé de 77 ans, l'essentiel est ailleurs.
Ce grand helléniste, connu pour ses 25 épisodes de l'émission « Quand les dieux rôdaient sur la Terre » sur France-Inter, est sorti « estomaqué » de cette adaptation. Il avait déjà beaucoup apprécié le très épique « Dunkerque », mais cette fois, sa surprise est encore plus grande. « La question de savoir si Christopher Nolan s'est conformé ou non à Homère n'est pas essentielle », explique-t-il. « Homère lui-même n'a pas ménagé le mythe, les milliers de poèmes et de récits inspirés par le long retour d'Ulysse à Ithaque après… » Une phrase qui en dit long sur la conception de l'helléniste.
Nolan, un Homère des temps modernes ?
Pour Judet de La Combe, la fidélité littérale n'est pas le critère décisif pour adapter une œuvre antique. Le mythe d'Ulysse, qui a traversé les siècles et les cultures, est par nature malléable. Homère lui-même a puisé dans un fonds de légendes antérieures, les réordonnant, les transformant au gré de son inspiration. En ce sens, Christopher Nolan ne fait que perpétuer une tradition vieille de trois millénaires : celle de la réinvention permanente du mythe.
Le cinéaste britannique, connu pour ses intrigues complexes et son sens du spectacle, a choisi de s'approprier le récit homérique à sa manière. Avec Matt Damon dans le rôle d'Ulysse et Zendaya en Athéna, il a créé une distribution qui a fait couler beaucoup d'encre. Mais pour l'helléniste, cette audace est précisément ce qui fait la réussite du film.
Une lecture savante et passionnée
Pierre Judet de La Combe n'est pas un simple spectateur. Il a consacré une part importante de sa carrière à Homère. Son émission sur France-Inter a fait découvrir à un large public les aventures du héros d'Ithaque, non comme un texte figé, mais comme une matière vivante, sans cesse revisitée. Cette expérience lui permet de porter un regard aiguisé sur l'adaptation de Nolan.
S'il refuse de s'attarder sur les polémiques, il insiste sur la qualité cinématographique et narrative du film. « Nolan respecte l'audace d'Homère », affirme-t-il, saluant une œuvre qui capture l'esprit épique de l'épopée tout en la rendant accessible aux spectateurs du XXIe siècle.
Un succès populaire et critique
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 3 millions d'entrées en deux semaines en France, 640 millions de dollars de recettes mondiales. « l'Odyssée » s'impose comme l'événement cinématographique de l'été, bien au-delà des cercles de spécialistes. Cette réussite commerciale ne surprend guère si l'on considère la popularité croissante de Nolan et son talent pour mêler le divertissement de masse à une réflexion plus profonde.
Pour Pierre Judet de La Combe, le film a le mérite de rappeler que l'Odyssée est d'abord une histoire universelle sur l'exil, le retour et la condition humaine. En cela, il rejoint l'intuition d'Homère, qui avait su, déjà, transformer des légendes locales en mythes éternels. Si les puristes y trouveront à redire, le grand public, lui, semble conquis.
Une adaptation qui fait débat, mais qui marque les esprits
Les réserves des spécialistes de l'Antiquité portent essentiellement sur des écarts avec le texte original. On a reproché à Nolan d'avoir modernisé certains épisodes, d'avoir donné davantage de place aux personnages féminins ou d'avoir insisté sur l'aspect psychologique d'Ulysse. Mais Judet de La Combe balaie ces critiques : pour lui, le cinéma n'a pas à être un cours d'histoire ancienne.
« Ce qui compte, c'est que le spectateur ressente l'amplitude et l'humanité du périple d'Ulysse », a-t-il confié. « Et cela, Nolan y parvient avec brio. » Peu d'hellénistes auraient osé un tel enthousiasme, mais celui-ci a l'habitude de prendre des chemins de traverse. Avec « l'Odyssée », Christopher Nolan peut se targuer d'avoir transformé un sceptique en partisan.
Reste à savoir si le film maintiendra son rythme effréné au box-office dans les semaines à venir. Une chose est sûre : il a déjà réussi à rallier à sa cause l'un des plus fins connaisseurs d'Homère. Une victoire presque aussi belle que celles d'Ulysse.



