L'été infernal des livreurs à vélo à Nîmes sous la canicule
L'été infernal des livreurs à vélo à Nîmes

Sous un soleil de plomb, les sacs isothermes fixés sur les porte-bagages sont nombreux dans le centre-ville de Nîmes. Sur le boulevard Amiral-Courbet, le thermomètre affiche 38 °C à l'heure du déjeuner. Ousmane, ancien électricien, enchaîne les courses pour une application de livraison de repas. Depuis deux ans, il a appris à composer avec la chaleur écrasante de la ville la plus chaude de France.

Mais cet été, les températures extrêmes ont bouleversé son rythme de travail. Les livreurs ne peuvent plus suivre d'horaires fixes. « C'est mieux le soir », souffle Ousmane, une main posée sur son vélo. Il a réorganisé ses journées en fonction des heures les plus fraîches.

Une organisation de travail calquée sur la fraîcheur

« Je commence vers 10 h ou 11 h, je finis à 14 h, puis je mange et je ne ressors qu'à 18 h pour travailler jusqu'à 23 h, mais tout dépend des températures. Le soir c'est mieux, la chaleur est supportable », raconte le livreur. Un planning en deux temps qui lui permet d'éviter les pics de canicule, mais qui allonge considérablement ses journées.

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Cette adaptation individuelle reste la seule solution face à un thermomètre qui ne descend que rarement sous les 30 °C en journée. Les sacs isothermes, pourtant indispensables, se transforment en véritables sources de chaleur supplémentaires.

Des plateformes qui laissent les livreurs seuls face à la canicule

Les applications de livraison ne fournissent aucune aide concrète. Kumail, 38 ans, travaille sept jours sur sept à Nîmes. « Ils nous envoient des mails avec des conseils, se mettre à l'ombre et prendre des pauses… par contre, on ne nous fournit pas d'équipement de protection, et on ne reçoit aucune aide », déplore-t-il.

Des recommandations générales qui paraissent dérisoires quand on pédale sous 38 °C. Pas de gourde offerte, pas de vêtements techniques, pas de zone de repos aménagée. Les livreurs doivent se débrouiller seuls pour survivre à la chaleur.

Une santé en déclin selon Médecins du monde

Les conséquences de ce métier sur la santé sont désormais documentées. L'étude Santé-Course, menée par l'association Médecins du monde en mars 2026, révèle que près de la moitié des livreurs interrogés estiment que leur état de santé global s'est dégradé depuis le début de leur activité.

L'enquête, qui a recueilli les réponses de plus de 1 000 livreurs en France, chiffre également leur précarité. Le rythme de travail moyen atteint 63 heures par semaine, pour un revenu moyen inférieur à 6 euros bruts de l'heure. Des statistiques implacables qui expliquent en partie la lassitude et l'épuisement des coursiers.

Ce jour-là, Ousmane n'a gagné que 7 euros après plusieurs heures de livraison. « Aujourd'hui, c'est cool, j'ai gagné 7 € », ironise le jeune homme. « Ça ne sonne pas beaucoup », regrette-t-il. Une somme dérisoire pour un travail effectué sous un soleil accablant.

Des kilomètres supplémentaires pour un meilleur salaire

La rémunération varie selon les applications. Ousmane travaille sur une plateforme réputée moins généreuse que sa concurrente Uber Eats. Sur cette dernière, « il y a beaucoup d'attente pour s'inscrire, énormément de demandes, pour peu de courses disponibles », explique-t-il. Même quand une commande arrive, « elle est mal payée ».

Sur son application, le montant de la course augmente seulement lorsqu'une commande attend longtemps d'être prise en charge. Un système qui pousse les livreurs à accepter des trajets plus longs. Kumail, lui, n'hésite pas à pédaler jusqu'à Marguerittes, à une vingtaine de kilomètres de Nîmes. « La course vaut quasiment 10 € », précise le trentenaire, qui effectue régulièrement ce trajet aller-retour en plein soleil.

Une course de 20 kilomètres pour un peu plus de 10 euros bruts : voilà le quotidien de ces travailleurs de l'ombre, indispensables pendant les vagues de chaleur où personne ne veut sortir. Alors que la canicule s'installe durablement, aucune mesure concrète n'a encore été annoncée pour améliorer leurs conditions.

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