Marseille : La CGT dénonce la fermeture du site Orange de Saint-Mauront comme une injustice sociale
Fermeture du site Orange à Marseille : la CGT dénonce une injustice

Marseille : La CGT s'oppose à la fermeture du site Orange de Saint-Mauront

Sur les grilles du siège d'Orange situé à Saint-Mauront dans le 3e arrondissement de Marseille, Olivier Neri, secrétaire général de la CGT Télécoms 13, installe une banderole avec un message percutant : « Les idées d'extrême droite ne sont jamais du côté des travailleurs ». Les sympathisants arrivent progressivement, certains arborant des chasubles rouges et des drapeaux aux couleurs du syndicat. Ils croisent des collègues aux mines fermées qui viennent récupérer leurs affaires personnelles.

Un site devenu fantôme

En janvier dernier, la direction d'Orange a officialisé par communiqué le déménagement de la quasi-totalité des salariés travaillant sur ce site historique ouvert depuis 1974. Le motif avancé est l'insécurité de ce quartier désigné comme le plus pauvre d'Europe. Sur un millier de salariés, seule une poignée de techniciens et prestataires continuent de franchir les grilles de ce site désormais qualifié de « fantôme ».

L'isolement des salariés dénoncé

Isabelle, employée depuis dix ans à Saint-Mauront, témoigne d'une situation « invivable ». Après le déménagement, elle se retrouve « baladée » entre des espaces de coworking et des « locaux de repli qui ne sont pas adaptés ». Elle dénonce particulièrement le paradoxe suivant : « Orange ne va pas trouver rapidement un site pour tous les salariés », alors que les locaux venaient d'être rénovés pour 34 millions d'euros avec parking et restauration collective.

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Une autre Isabelle, collègue homonyme, partage ce sentiment. Ayant travaillé sur le site en 1997 puis depuis 2018, elle confie : « Maintenant je suis en télétravail à 100%, cinq jours sur cinq. Je ne le vis pas bien. On n'a plus de communication avec nos collègues, on est isolé ».

Des incidents extérieurs selon les salariés

Avant le déménagement définitif, deux fermetures provisoires avaient eu lieu :

  • En novembre, suite à la mort de Mehdi Kessaci et à une « montée des tensions dans le quartier » avec des bagarres entre dealers et une fusillade présumée
  • Début janvier, lorsque des impacts de balles ont été retrouvés sur la façade du site et dans une salle de réunion

Pourtant, Isabelle témoigne : « Ce ne sont que des incidents extérieurs auxquels Orange n'est pas mêlé. L'entreprise et les salariés n'ont jamais été visés, on a toujours eu une bonne entente avec les gens du quartier ». Renée, retraitée ayant travaillé vingt ans sur le site, confirme : « On n'a jamais eu de problème. Les gens arrivaient en métro, en bus, en voiture... Il y avait tout ce qu'il faut pour travailler ».

La CGT dénonce une stigmatisation politique

La CGT, minoritaire chez Orange, dénonce une fermeture brutale qui donne « une image déplorable » du géant des télécoms. Olivier Neri affirme devant les manifestants : « On n'acceptera pas la stigmatisation des quartiers populaires ». Il fustige un discours « digne de l'extrême droite » et une instrumentalisation du « sentiment d'insécurité ».

« C'est très politique : si à chaque fois qu'il y a de l'insécurité, on ferme une entreprise alors il n'y a plus de tissu social nulle part », déplore-t-il, rappelant qu'Orange a fermé dix sites en dix ans. Selon un sondage réalisé par la CGT, 60% des salariés travaillant sur le site souhaiteraient y revenir.

Un risque de ghettoïsation accentué

Jérémy Bacchi, sénateur communiste des Bouches-du-Rhône venu soutenir le rassemblement, alerte : « Quand on ferme un site comme Orange, qui crée une activité, de la vie sociale dans un quartier comme Saint-Mauront, on renforce l'idée même d'une ghettoïsation ». Il ajoute : « On envoie aussi le signal que la puissance publique ne peut rien face à la logique du narcotrafic », soulignant la situation des habitants qui ne peuvent pas déménager.

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Le site de Saint-Mauront, au pied du métro National, est situé à quelques mètres de la cité Félix-Pyat, un des points chauds du narcotrafic marseillais. Sur les grilles, des flèches blanches indiquent toujours la direction d'un « charbon » ouvert 24h/24, comme il en existait 89 à Marseille en 2025 selon la préfecture.

La CGT annonce de nouvelles actions pour protester contre cette fermeture qu'elle considère comme une injustice sociale et une stigmatisation inacceptable d'un quartier populaire.