Devenir chef ne fait plus rêver. C'est le constat dressé par plusieurs études récentes sur le malaise des managers. Longtemps considéré comme une promotion naturelle, le passage à un poste d'encadrement est aujourd'hui perçu avec méfiance, voire rejet. Les causes sont multiples : surcharge de travail, manque de reconnaissance, isolement, et un sentiment d'impuissance face aux objectifs toujours plus élevés.
Un métier en perte de sens
Selon une enquête menée par le cabinet Deloitte, 42 % des managers interrogés se disent épuisés, contre 28 % des non-managers. Le phénomène touche tous les secteurs, mais particulièrement les grandes entreprises et les start-ups en hypercroissance. Les responsabilités s'accumulent sans que les moyens suivent. « On attend du manager qu'il soit à la fois un leader inspirant, un coach, un gestionnaire de crise, et qu'il produise des résultats immédiats », explique Sophie Durand, psychologue du travail. « C'est une équation impossible à tenir sur la durée. »
Des signes de désaffection
Les candidatures pour les postes de management se raréfient. Dans certaines entreprises, les offres restent sans réponse pendant des mois. Les jeunes générations, en particulier, se montrent réticentes à endosser ce rôle. « Je ne veux pas sacrifier ma vie personnelle pour un poste qui ne me garantit ni épanouissement ni stabilité », confie Thomas, 32 ans, ingénieur dans une entreprise du CAC 40. Ce sentiment est partagé par 65 % des moins de 35 ans selon un sondage Ifop.
Les causes structurelles du blues
Plusieurs facteurs expliquent cette désaffection :
- Pressions hiérarchiques : Le manager est pris entre des objectifs descendants souvent irréalistes et des équipes qui attendent du soutien.
- Manque de formation : Beaucoup sont promus sans préparation, apprenant leur métier sur le tas.
- Isolement : Le manager n'a souvent personne à qui confier ses difficultés, par peur de paraître faible.
- Charge mentale : Gérer les conflits, les absences, les performances, tout en maintenant sa propre productivité.
Des solutions à inventer
Face à ce constat, certaines entreprises tentent de repenser le management. Des formations sont mises en place, des espaces de parole créés, et des modèles alternatifs émergent, comme le management partagé ou les équipes autogérées. « Il faut sortir du mythe du chef tout-puissant », estime Marc Lefèvre, consultant en organisation. « Le manager de demain sera un facilitateur, pas un superviseur. »
Pour les individus, la reconversion est une option de plus en plus choisie. De nombreux anciens managers se tournent vers des métiers plus opérationnels, ou créent leur propre entreprise. « J'ai quitté mon poste de directeur commercial pour devenir artisan. Je gagne moins, mais je retrouve du sens », témoigne Claire, 45 ans.
Le blues du manager n'est pas une fatalité. Mais il exige une remise en question profonde de la culture d'entreprise et des attentes placées sur les épaules de ceux qui encadrent. Sans cela, le métier de chef continuera de perdre son attrait.



