Le Salon de l'Apprentissage à Boé révèle la démocratisation et les défis de l'alternance
Apprentissage : démocratisation et défis révélés au salon de Boé

Le Salon de l'Apprentissage de Boé met en lumière l'essor et les tensions de l'alternance

Ce mercredi 1er avril, le 4e Salon de l'Apprentissage et de l'Alternance à Boé a rassemblé écoles, entreprises et visiteurs autour d'un secteur en pleine transformation. Avec 80 exposants et entre 800 et un millier de visiteurs, l'événement annuel témoigne de l'attractivité croissante de ce mode de formation, autrefois considéré comme « tabou ».

Une démocratisation confirmée par les chiffres

Les Centres de formation d'apprentis (CFA) se multiplient effectivement sur le territoire. En 2025, le pays enregistrait une hausse de 6,4% des effectifs, dépassant le million d'élèves alternants. Cette tendance se vérifie localement, comme l'explique Lucile Demathieu, professeure au Campus Saint-Caprais d'Agen, « tout neuf, ouvert il y a tout juste deux ans ». Dans le Castorama d'Agen, Sandrine Ghigo, responsable RH, constate que six employés sont désormais apprentis, contre seulement trois en 2016.

L'impact déterminant de la réforme de 2018

D'un point de vue législatif, la réforme de 2018 a joué un rôle clé dans cet essor :

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  • Une augmentation du salaire des apprentis de 30 euros
  • Une limite d'âge relevée de 26 à 29 ans
  • La suppression de l'autorisation régionale pour les entreprises souhaitant ouvrir un CFA

Cette dernière mesure a notamment conduit à une multiplication des écoles, créant « une offre de formations pléthorique » selon Stéphane Lafon du centre Agrocampus 47, qui décrit « un secteur devenu concurrentiel ».

Communication moderne et attractivité renforcée

La forte demande s'explique également par de nouveaux moyens de communication déployés par les CFA :

  1. Des publications et vidéos sur Instagram et LinkedIn
  2. L'utilisation de QR codes sur les cartes de visite
  3. Une présence digitale accrue pour toucher les jeunes

Isabelle Yonnet, de la communauté Les entreprises s'engagent, souligne la croissance du salon lui-même : « Au départ, il n'y avait que 35 exposants », contre 80 aujourd'hui.

Déséquilibres sectoriels et parité défaillante

Malgré cette attractivité, plusieurs défis persistent. Guillaume Larnaudie, formateur dans les métiers du paysage, témoigne : « Certains jeunes viennent me voir et se retrouvent sans emploi alors qu'ils ont suivi une formation en alternance ». À l'inverse, certains secteurs comme l'agriculture et l'arboriculture sont sous-représentés dans les formations, tandis que d'autres connaissent une surreprésentation.

Julia Saves, conseillère en formation au BTP CFA 47, pointe également un problème de parité : « Ici, sur 500 élèves, on compte seulement 30 femmes ».

Le phénomène controversé du « racolage »

Dans ce contexte concurrentiel, certains formateurs dénoncent des pratiques de « racolage » de la part d'écoles « majoritairement privées ». Ces établissements développeraient selon eux « des formations en inadéquation avec le secteur d'embauche », alimentant ainsi « un hiatus entre les apprentis, les organismes de formation et les entreprises ».

Une vision nuancée des perspectives d'emploi

Sébastien Félix, directeur de l'agence France Travail d'Agen, apporte cependant une nuance importante : « Il n'y a pas plus d'alternants qui ne trouvent pas de travail à l'issue de leur formation qu'avant ». Dans un contexte national de « contraction de l'emploi », il observe que les employeurs recherchent désormais moins des savoirs techniques que du « savoir-être » chez les apprentis.

Les stands du salon étaient unanimes sur un point : face à « une montée des candidats », on constate parallèlement « une baisse des aides de l'État ». Cette tension entre démocratisation réussie et défis persistants dessine un paysage de l'apprentissage en pleine mutation, où qualité des formations et adéquation avec les besoins du marché restent des enjeux cruciaux pour l'avenir.

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