Les rayons des supermarchés regorgent de produits hyperprotéinés, du skyr aux pâtes protéinées. Pourtant, les besoins en protéines de la population sont déjà couverts, souligne le médecin nutritionniste Laurent Chevallier. En moyenne, les Français consomment 1,4 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour, soit nettement plus que les 0,83 g recommandés par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses).
Des besoins accrus pour les sportifs, mais pas sans limites
Pour les sportifs, la donne change. « Le muscle a besoin d'acides aminés pour construire ses propres protéines », explique Catherine Coirault, directrice de recherche à l'Inserm. Une personne souhaitant augmenter sa masse musculaire peut donc logiquement augmenter son apport. Toutefois, prévient-elle, « en l'absence de sollicitations mécaniques, c'est-à-dire d'exercice physique, augmenter ses apports en protéines n'aura pas d'effet sur la croissance musculaire ».
Les sportifs intensifs ont des besoins supérieurs : 1,5 g par kilo et par jour pour ceux qui pratiquent un cardio intense, et jusqu'à 1,8 g voire 2 g pour ceux qui font de la musculation intensive, selon Nicolas Aubineau, diététicien nutritionniste du sport et en clinique. L'Anses, elle, considère qu'un apport supérieur à 2,2 g par kilo et par jour est élevé.
Un excès inutile, voire dangereux
« Cela ne sert à rien de prendre trop de protéines », insiste le docteur Chevallier. Pour prendre du muscle, d'autres paramètres comptent, comme l'oxygénation et l'hydratation. Au-delà d'un certain seuil, les bénéfices supplémentaires diminuent, tandis que les risques potentiels augmentent.
Les acides aminés en surplus sont métabolisés et leur azote est éliminé dans les urines sous forme d'urée. Longtemps suspectée d'endommager les reins, une consommation élevée de protéines est en réalité sans danger pour les reins, sauf en cas de pathologies rénales chroniques, nuance Catherine Coirault : « Toutes les études sont concordantes : un excès de protéine n'est pas toxique pour les reins, sauf pour les personnes ayant déjà des pathologies rénales chroniques. »
Des risques digestifs et de contamination
En revanche, un apport trop important peut provoquer des troubles digestifs. « Un apport trop important en protéine peut entraîner un surplus au niveau du tube digestif et donner lieu à une diarrhée ou à des ballonnements », souligne Nicolas Aubineau.
Le docteur Chevallier a « rarement vu des apports excessifs en protéine par l'alimentation ». Certains sportifs se tournent alors vers des poudres protéinées, mais cette supplémentation « n'est pas justifiée chez les sportifs » selon lui. Ces produits ultratransformés peuvent contenir des additifs, comme des édulcorants, des arômes ou des épaississants, dont certains font l'objet de recherches sur leurs effets à long terme.
Dans l'expertise collective de l'Inserm « Dopage et pratiques dopantes en milieu sportif », publiée le 24 avril dernier, les chercheurs signalent un risque de contamination de certains compléments alimentaires par des substances interdites. Jusqu'à 58 % des échantillons étudiés pourraient contenir des substances à des concentrations susceptibles d'entraîner un contrôle antidopage positif, notamment des stéroïdes anabolisants. Ces molécules favorisent la croissance du muscle mais peuvent avoir des effets toxiques sur la santé, insiste Catherine Coirault. Une raison de vérifier attentivement le contenu de votre prochain shaker.



