Un an s’est écoulé depuis la 3e Conférence des Nations Unies sur l’Océan à Nice, et les commerçants du quartier du port attendent toujours les indemnisations promises par l’État. En juin 2025, le sommet, qui s’est tenu au port dans le centre des congrès OcéaNice, a entraîné des mesures de sécurité drastiques, perturbant gravement l’activité des commerces locaux. Malgré les promesses de dédommagement, les restaurateurs et autres professionnels n’ont toujours pas reçu le moindre paiement.
Une promesse non tenue
Fabien Gerot, propriétaire du restaurant Chez les garçons, rue Catherine-Ségurane, se souvient de l’enthousiasme initial : « La mairie nous avait annoncé qu’il n’y aurait pas de cantine sur place et nous a demandé d’imaginer des menus. On nous a également indiqué que les restaurateurs seraient recensés sur une application pour être géolocalisés. » Mais la réalité a été tout autre. Les restrictions de circulation, mises en place dès le début des installations et prolongées après le sommet, ont paralysé le quartier. « La rue Ségurane était fermée au niveau de la rue de Foresta, explique Fabien Gerot. Mais surtout, les installations pour le sommet ont débuté bien avant et une fois le sommet fini, il a fallu également tout démonter. Ce qui veut dire que nous avons été bloqués bien plus que les cinq jours de l’événement. »
Jayme Bouche, du bar à vin Les Œillets, partage cette amertume : « Aucune communication n’a été donnée pour indiquer comment on pouvait circuler au port. Tout était signalé en rouge, ce qui fait que les gens n’osaient pas venir, ni circuler dans le quartier. Les Niçois ne sont pas venus non plus durant cette période. » Les deux commerçants estiment leur perte de chiffre d’affaires à au moins 50 %. « On a joué le jeu, on a pris du personnel et de la marchandise supplémentaires », déplore le patron de Chez les garçons.
Des dossiers déposés, mais aucune réponse
Face à cette situation, les commerçants ont rempli des dossiers de demande d’indemnisation auprès de la préfecture. « On avait jusqu’à la fin de l’été pour le transmettre à la préfecture, précise Fabien Gerot. Et depuis on attend toujours, un an après. On a été abandonné. » En novembre 2025, il a adressé un courriel à la préfecture, sans obtenir de réponse. Ce n’est que le 23 décembre qu’il a eu confirmation de la réception de son dossier, avec la mention que « le principe d’indemnisation a été validé ». L’État précisait que « le montant de l’indemnisation, calculé sur la base des documents comptables transmis, sera notifié par courrier courant janvier et son versement sera réalisé au cours du premier trimestre 2026 ». Or, le premier trimestre 2026 est passé, et les restaurateurs n’ont rien reçu.
« On a besoin de notre trésorerie pour vivre, lance Jayme Bouche. Aujourd’hui, nous sommes obligés d’engager des frais bancaires que nous ne devrions pas subir. » Il ajoute : « J’ai transmis un dossier à mon assurance qui m’a signifié qu’elle ne pouvait pas me dédommager car mon établissement était ouvert durant cette période. Il aurait fallu une fermeture administrative. » Un nouveau courriel adressé aux commerçants début avril indiquait que les montants demandés étaient validés et que le paiement interviendrait sous quatre à six semaines. Mais rien n’est venu.
Une mobilisation collective
Les professionnels du quartier du port ont récemment haussé le ton. Dans un communiqué de presse, l’Union maritime des Alpes-Maritimes, aux côtés des représentants des restaurateurs (Umih Nice Azur et haut pays) et de la prud’homie de pêche de Nice, exige « que les engagements pris soient désormais traduits en actes par le versement immédiat et effectif des indemnisations annoncées par l’État ». Ils dénoncent une situation « critique », soulignant que « derrière ces dossiers se trouvent des entreprises, des salariés, des familles et des emplois ».
Alors que le sommet des Océans visait à promouvoir la protection des mers, les commerçants niçois estiment avoir été oubliés. Ils attendent désormais des actes concrets pour sortir de l’impasse.



