Un haut responsable mafieux corse a été condamné ce jeudi par le tribunal correctionnel de Bastia pour avoir tenté d'obtenir frauduleusement des subventions européennes destinées à l'élevage bovin, alors même qu'il était incarcéré. L'homme, âgé de 52 ans, est une figure bien connue du banditisme insulaire, impliqué dans plusieurs affaires de trafic de stupéfiants et d'extorsion.
Des demandes d'aides depuis la prison
Selon les éléments de l'enquête, le prévenu avait déposé, entre 2019 et 2021, plusieurs demandes de fonds européens pour l'entretien de ses vaches, dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Or, durant cette période, il était détenu à la prison de Borgo, en Haute-Corse. Les investigations ont révélé que les formulaires avaient été remplis et signés par des complices, mais que le chef de clan était le véritable bénéficiaire des sommes perçues, pour un montant total de près de 150 000 euros.
Un système bien rodé
Le tribunal a mis en lumière un système organisé : des proches du détenu géraient son exploitation agricole en son absence, tout en maintenant la fiction d'une activité légale. Les enquêteurs ont notamment découvert que les animaux déclarés n'existaient pas ou étaient en nombre bien inférieur aux déclarations. Les fonds étaient ensuite détournés vers des comptes bancaires ouverts sous de faux noms.
L'avocat de la défense a plaidé la bonne foi de son client, affirmant que ce dernier n'était pas directement impliqué dans les démarches administratives. Mais les juges ont estimé que les preuves étaient accablantes : des échanges téléphoniques interceptés montraient le détenu donnant des instructions précises à ses complices pour la confection des dossiers.
Une peine exemplaire
Le chef de clan a été condamné à trois ans de prison supplémentaires, portant sa peine totale à huit ans d'incarcération. Il devra également rembourser l'intégralité des sommes perçues et est interdit de gérer une exploitation agricole pendant dix ans. Ses complices, dont deux membres de sa famille, ont écopé de peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis.
Cette affaire illustre les tentatives de la mafia corse de profiter des fonds européens, un phénomène que les autorités tentent de combattre avec des contrôles renforcés. La région Corse est particulièrement surveillée en raison de la porosité entre certains milieux agricoles et le grand banditisme.
Le parquet de Bastia a salué une décision qui envoie un signal fort : même derrière les barreaux, les criminels ne sont pas à l'abri de la justice. De son côté, l'Office de lutte contre la fraude européenne (OLAF) a participé à l'enquête, soulignant la coopération entre les États membres pour protéger les intérêts financiers de l'Union.



