Une institution niçoise s'éteint
Ouverte en 1978, la boutique de partitions Madrel Musique, située rue de Lépante à Nice, baissera définitivement son rideau le 31 juillet 2026. Ester Madrel, qui tient seule le magasin créé par ses beaux-parents, a pris cette décision après avoir constaté une baisse insuffisante de ses ventes. « Je ne vends plus suffisamment », confie-t-elle. « J'avais promis à mon mari, avant sa mort, que j'arrêterai quand j'aurais plus de sorties que de rentrées d'argent. C'est arrivé au mois de mars. Alors j'ai pris la décision. »
Une braderie pour écouler le stock
Pour vider les lieux, Ester organise une braderie. « Sinon, ça va partir à la benne », explique-t-elle. Une occasion pour les musiciens de faire de bonnes affaires tout en soutenant la commerçante. Une cliente, venue après avoir appris la nouvelle, se désole : « Quelle tragédie... C'est tellement dommage. »
L'histoire d'une passion familiale
Ester Madrel, d'origine néerlandaise, est arrivée en France à 13 ans. Issue d'une famille de mélomanes, elle maîtrise le piano, le violon et la flûte traversière. C'est par amour qu'elle a rejoint Madrel Musique : « Je fréquentais le fils des propriétaires. Ses parents ont ouvert il y a 48 ans, en arrivant de Paris. J'ai été embauchée en 1990. J'ai appris de ma belle-mère la comptabilité, de mon beau-père le système de classement. Il faut 20 ans pour savoir où tout se trouve », s'amuse-t-elle.
Un classement méticuleux
Tout est rangé par instrument et par compositeur, dans des caisses avec des intercalaires. Rien n'a changé depuis des années : une douce odeur de nostalgie et de papier flotte dans cette échoppe hors du temps.
La concurrence d'Internet a eu raison du commerce
À l'époque où le magasin employait quatre personnes, il y avait six boutiques de partitions à Nice. Elles ont toutes fermé les unes après les autres. « Les premières années, on s'en sortait bien parce qu'on collaborait avec l'opéra de Nice, la bibliothèque du conservatoire », se souvient Ester. Puis sont arrivés les marchés publics et les appels d'offres, défavorables aux petits indépendants. Et surtout, Internet a porté le coup fatal : « Les gens se sont tournés vers le net pendant le Covid et ne sont pas revenus... »
Des clients célèbres et une page qui se tourne
Michel Petrucciani, Plácido Domingo, Gilles Apap ou la famille Bringuier ont fréquenté la boutique. Ester a vu défiler des générations de musiciens. « J'ai vu des enfants apprenant le solfège devenir parents puis grands-parents amenant les jeunes générations », se réjouit-elle. Le cœur lourd, elle doit désormais chercher un autre emploi pour septembre. « Je parle quatre langues et j'ai une longue expérience dans le commerce. J'aimerais exercer dans le domaine de la culture ou des livres. »
Madrel Musique est ouvert du mardi au samedi, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h, au 29, rue de Lépante à Nice. Contact : estermadrel@gmail.com



