Depuis juin 2025, Lucien, un locataire de 68 ans installé à Vallauris depuis 2018, a cessé de payer son loyer pour protester contre l'état insalubre de son logement. Cette décision lui a valu une condamnation en justice à la demande de son propriétaire. Selon lui, l'histoire est bien plus complexe qu'un simple impayé.
Un logement envahi par des moisissures toxiques
Lucien, ancien apporteur d'affaires, dénonce depuis plusieurs années l'état de sa maison : moisissures, mur de salle de bains qui se désolidarise, prises électriques laissant apparaître des fils. « J'ai failli mourir ici, dans mon lit. C'est la conséquence de tout ça », confie-t-il. Il souffre aujourd'hui de graves problèmes respiratoires, après un passage de trois jours en réanimation en octobre 2025. L'analyse des moisissures de sa chambre a révélé la présence de Stachybotrys chartarum, un microchampignon réputé particulièrement toxique.
« Depuis 2022, je demande des travaux. Le propriétaire n'a jamais voulu investir un centime », affirme Lucien. Les hospitalisations se multiplient et il a cessé de travailler. « Je ne peux plus payer 1 200 euros par mois pour une maison à la limite de l'insalubrité », souffle-t-il.
Les anomalies constatées par le service hygiène
En janvier 2026, le service hygiène de Vallauris-Golfe-Juan a constaté de nombreuses anomalies : installations électriques défectueuses, VMC hors service, humidité, moisissures, absence d'eau chaude et défaut de ventilation. Le propriétaire a été mis en demeure de réaliser les travaux sous trois mois. Contacté, il n'a pas souhaité détailler sa position, mais affirme que « la dette de loyers et de charges dépasse aujourd'hui 17 831 euros » et que « les occupants refusent systématiquement de donner accès au logement, que ce soit pour les travaux ou pour les diagnostics techniques obligatoires (malgré les relances du cabinet expert MCTB) ».
Lucien conteste cette version. « Un homme, qui a refusé de dire pour quelle entreprise il travaillait, est venu avec un simple seau de peinture pour recouvrir les moisissures. Ce n'est pas ça, de vrais travaux », dénonce-t-il.
Les recours légaux pour les locataires
Malgré ces éléments, la justice n'a pas retenu ses arguments. Maître Florian Rugo, avocat spécialisé en droit immobilier à Nice, est catégorique : « Non, il ne faut surtout pas cesser de payer les loyers. » Selon lui, un locataire confronté à un logement indécent dispose de trois recours. Le premier consiste à « saisir le juge des contentieux de la protection, pour contraindre le propriétaire à réaliser les travaux, à condition de prouver l'indécence ou l'insalubrité du logement (photos, analyses, courriers de la mairie, constat d'huissier, etc.) », expose l'avocat.
Le deuxième intervient lorsque le propriétaire engage une procédure, pour expulsion ou loyers impayés notamment. « Le locataire peut invoquer l'exception d'inexécution et faire valoir le caractère indécent du logement. » Enfin, il est possible de consigner les loyers à la Caisse des dépôts et consignations. « Cela démontre la bonne foi du locataire et oblige le propriétaire à effectuer les travaux s'il veut récupérer les sommes versées », conclut l'avocat.



