Gaz : factures en hausse de 53 % dès 2030, les plus vulnérables menacés
Gaz : +53 % sur les factures en 2030, alerte le BEUC

La sortie du gaz est actée, mais pour les Français qui en restent tributaires, l'équation économique s'annonce douloureuse dès l'horizon 2030. D'ici à quinze ans, les tarifs devraient plus que doubler, alerte une organisation de consommateurs européens.

Une hausse annoncée des factures de gaz

Si vous êtes déjà en train de calculer l'impact de l'augmentation du prix des carburants sur le budget de vos vacances et que vous faites partie des quelque 10 millions de foyers qui se chauffent et/ou cuisinent encore au gaz, vous n'avez pas fini de compter. C'est un rapport du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) publié ce mercredi qui détaille les mauvaises nouvelles : à l'horizon 2030, il prévoit +53 % sur la facture – soit une hausse annuelle estimée de 317 euros par rapport à 2024 – et à l'horizon 2050, des coûts qui devraient « plus que doubler, de 101 à 137 % ».

Comme le relève la CLCV (Consommation, Logement, Cadre de Vie), l'une des deux associations françaises membres du BEUC avec Que Choisir Ensemble, dès « l'horizon 2040, les usagers pourraient être confrontés à une équation économique quasi impossible ». Le problème n'est évidemment pas que français, c'est toute l'Europe qui prépare sa sortie du gaz.

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Les plus vulnérables pris dans un cercle vicieux

Les usagers les plus menacés sont précisément ceux qui, ayant le moins de moyens, peinent à sortir du réseau gazier. « La consommation de gaz devant encore diminuer après 2030, les ménages les moins à même de changer de fournisseur devront supporter des factures de gaz disproportionnées dans les années à venir », estime le BEUC.

C'est un cercle vicieux : alors que la France, face à la hausse des prix du gaz et l'incertitude sur les approvisionnements, pousse à un grand plan d'électrification, le nombre d'abonnés au gaz se réduit, la consommation aussi, mais « le coût du réseau reste fixe », souligne la CLCV, et sa tarification « va faire flamber le prix total du gaz ». À cela s'ajoute l'évolution de la parafiscalité, à travers notamment le régime des quotas carbone qui entrera en vigueur au 1er janvier 2028. Même si les tensions internationales se calmaient miraculeusement, tant dans le détroit d'Ormuz qu'en Ukraine – et on sait qu'on en est loin – la tension énergétique resterait inéluctable.

Le problème n'est évidemment pas que français, c'est toute l'Europe qui prépare sa sortie du gaz. Et c'est pour accompagner les consommateurs de toute l'Union européenne que le BEUC, qui rassemble 42 organisations de 21 pays, a sorti ce fameux rapport intitulé « comment garantir la protection des consommateurs pendant l'arrêt progressif du gaz ». Même s'il l'a focalisé sur les exemples français et espagnol.

La baisse de la consommation tire les prix vers le haut

Dans cette chronique d'une mort annoncée du réseau gazier, le BEUC détaille les paramètres qui nourrissent cette flambée inéluctable des factures. Pour commencer, de moins en moins de foyers français raccordés au gaz – ils devraient baisser de 8 % entre 2021 et 2027, passant de 11,17 millions à 10,25 millions – et une consommation moyenne par foyer qui « devrait diminuer de 10 à 12 % ».

Mais en France, pointe le BEUC, « une part importante des coûts de réseau est recouvrée par des redevances fixes et des frais liés à la capacité, plutôt que par les volumes livrés ». Les coûts d'entretien pèsent pour plus d'un quart (27 %) sur l'augmentation attendue de 53 % de la facture en 2030, à travers des taxes. Et c'est alors imparable : la baisse de la demande de gaz « se traduit automatiquement par une hausse des coûts de réseau pour les consommateurs, indépendamment de leur consommation ». Le BEUC déplore l'inéquité du système, qui protège les distributeurs, mais pas les consommateurs vulnérables. Leur frugalité énergétique n'a, dans ce cercle vicieux, que peu d'impact sur leurs factures. Et ce malgré une baisse de la consommation évaluée par l'école de régulation de Florence, un institut de recherche financé par l'Union européenne, à 61 % en 2030 par rapport à 2024.

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Échéance 2050 pour la France

La démonstration du BEUC vise à alerter sur l'importance de ne pas faire supporter la transition aux derniers consommateurs, « dans la perspective d'un avenir sans gaz », en trouvant « des solutions équitables de partage des coûts de cette transition ». La CLCV insiste sur les aides financières pour l'achat d'équipements électriques. Et il y a urgence, d'autant qu'en France, plus de la moitié du parc de logements sociaux fonctionne au gaz.

À cet égard, la feuille de route énergétique de 18 pages publiée ce mercredi par le gouvernement annonce une sortie du gaz pour 2050, la date ultime de son calendrier de neutralité carbone. Cinq ans après le pétrole et vingt ans après le charbon, ce qui prouve assez la difficulté d'en finir avec l'énergie gazière. Déjà, l'impossibilité d'installer des chaudières au gaz dans les bâtiments neufs dès la fin de cette année était actée. Le développement des pompes à chaleur, l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments par la rénovation sont au menu de cette feuille de route. Le système MaPrimeRénov' ne s'applique plus à partir de septembre à des rénovations en cas de chauffage au gaz. Les aides se réorientent vers le remplacement, mais il faudra accélérer le mouvement pour ne pas étouffer économiquement les consommateurs les plus fragiles.