En 2025, les encours de la finance responsable en France ont atteint 1 322 milliards d'euros, soit une progression de 9 % sur un an, selon l'Association française de la Gestion financière (AFG). Ce chiffre illustre la vitalité d'un secteur qui, à l'inverse des grandes banques mondiales, oriente une partie de ses investissements vers des actifs respectueux de l'humain et de l'environnement.
Un secteur en croissance malgré un contexte mondial contrasté
L'année dernière, les grandes banques mondiales ont investi plus de 900 milliards de dollars dans des projets favorisant les énergies « sales » (charbon, gaz, pétrole), en hausse de 8 % par rapport à 2024, notamment en raison de l'entêtement d'une douzaine de banques américaines, chinoises et japonaises. Pourtant, tout le paysage financier n'est pas aussi irresponsable. En Europe, certains acteurs ont compris qu'il était nécessaire d'orienter les milliards vers des investissements ayant un impact positif, comme les énergies renouvelables plutôt que carbonées, ou les entreprises respectant le dialogue social et la féminisation de leurs conseils d'administration.
Cette approche, appelée « finance durable », se décline en trois branches : la finance solidaire, qui irrigue des associations et structures défendant des causes sociales essentielles (réinsertion, lutte contre la pauvreté, logement) sans vocation lucrative ; la finance verte, qui se concentre sur les performances environnementales, comme les « green bonds » émis pour financer la transition écologique ; et le financement « responsable », qui constitue le plus gros du secteur.
Les critères ESG au cœur de la finance responsable
Le financement responsable repose sur des critères ESG : « E » pour environnement (bon pour le climat et les écosystèmes), « S » pour social (bien-être des salariés, emploi de personnes handicapées, formation), et « G » pour gouvernance (transparence des salaires de la direction, respect des parties prenantes). Depuis une quinzaine d'années, ces critères n'ont pas freiné la croissance du secteur, même si depuis 2022, sa santé est moins florissante. L'Europe accueille à elle seule 85 % des actifs ESG mondiaux, soit 3 000 milliards d'euros.
En France, la progression est notable : un euro sur quatre géré par les sociétés de gestion françaises répond à des critères ESG, un volume qui a plus que doublé en une décennie. Cette santé est due en partie à l'épargne salariale, encouragée par les organisations syndicales et par la loi Pacte de 2019. Aujourd'hui, plus de 80 % des fonds d'épargne salariale français répondent aux critères ESG.
Distinguer les fonds vraiment ESG des autres
Tous les investissements socialement responsables ne sont pas aussi exigeants. La réglementation européenne « SFDR » (règlement sur la transparence de la finance durable) distingue deux catégories : les placements « article 8 », qui « tiennent compte » de critères sociaux, environnementaux et de gouvernance, et les placements « article 9 », dont les actifs ont un impact réellement mesurable et mesuré. Les fonds « article 9 » sont près de dix fois moins nombreux sur le marché, et leur rentabilité économique est plus aléatoire, ce qui refroidit les investisseurs.
Cette distinction souligne l'importance pour les épargnants de vérifier où leurs euros atterrissent. C'est à ce prix qu'ils peuvent se qualifier de « responsables ».